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 Ecrits et cris

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Suyvel
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MessageSujet: Ecrits et cris   Ven 8 Juil 2011 - 19:25

Ca n’allait pas. Ca n’allait pas du tout.

Suyvel déchira le parchemin sur lequel elle écrivait et jeta les morceaux au sol, où ils rejoignirent ceux des deux précédentes tentatives de lettres. Elle en déroula un nouveau et reprit le cours de ses réflexions peu éclairées.

Trois jours s’étaient écoulés depuis sa visite au domaine des Constellations. Laquelle s’était conclue par son départ précipité.

Elle avait eu le temps de se reposer et de se ressaisir. De réfléchir à ce qui s’était passé. La voix intérieure qu’elle avait entendue n’était pas un phénomène nouveau pour elle… mais cela faisait longtemps qu’elle ne s’était plus manifestée. Pourquoi s’était-elle réveillée ? Pourquoi précisément ce soir-là ? Mystère. Suyvel ne pouvait que se perdre en pures conjectures. Toujours était-il qu’elle s’était tue. Et l’invitation d’Ombre à visiter la bibliothèque du domaine lui trottait en tête, refusant de quitter son esprit.

Maintenant que Suyvel avait décidé d’y donner suite malgré ce qui s’était passé, le plus difficile restait à faire… reprendre contact avec Ombre. Trouver les mots. Elle ne savait pas quel serait son état d’esprit après qu’elle se soit quasiment enfuie comme une voleuse, déclinant de surcroît son hospitalité pour la nuit. Certains l’auraient vécu comme un affront. Et lui ? Dans le doute, mieux valait soigner la lettre qu’elle s’apprêtait à lui adresser. Seulement voilà… que dire ? La vérité ? Cela aurait donné quelque chose du genre :

Ombre,

J’ai bien conscience de m’être conduite comme une malapprise mais j’entendais une voix dans ma tête. Aujourd’hui, ça va mieux. Comme je ne suis pas le genre de fille à manquer d’air – grâce soit rendue à Eolia – je souhaiterais que l’on se revoit rapidement. Tu dois avoir mille choses à faire, alors je me disais que tu bondirais certainement de joie à l’idée que je vienne péter les plombs chez toi, te gâcher une autre soirée et te faire perdre ton temps.

Signé : la folle.


Ridicule. Mais parfait si ce qu’elle désirait obtenir était une fin de non-recevoir. Non, la vérité ne lui attirerait pas l’attention d’Ombre, ni son pardon. Le mieux serait encore de présenter des excuses et surtout un prétexte plausible pour son départ précipité. Toutefois, assise devant son écritoire, en face de la fenêtre de sa chambre d’auberge, elle se sentait bien peu inspirée. Quelle raison invoquer ?

Ombre,

Lors de la dernière soirée, je me suis brusquement souvenue que je n’avais pas rendu la clé de ma chambre d’auberge. Or Gertrude ne suspend la facturation des chambres qu’à la remise de la clé. Etant donné les tarifs qu’elle pratique, tu comprendras que je sois partie en coup de vent. Je me suis précipitée à l’auberge pour juguler l’hémorragie financière.

Signé : la drow tête-en-l’air.


Grotesque. Au mieux, cela ferait sourire Ombre. Au pire, il croirait qu’elle se moquait de lui. Et elle n’essayait pas de se l’aliéner. Non, décidément, il n’y avait qu’une chose à tenter : une lettre oscillant entre la correspondance personnelle et la missive diplomatique. Celle qui ne dit rien mais avec beaucoup d’habileté. Suyvel laissa sa plume courir à la surface du parchemin, alors que les mots lui venaient.

Ombre,

Je te présente toutes mes excuses pour mon départ précipité de l’autre soir. Crois bien que je n’ai en aucune façon voulu t’offenser, et que j’aurais eu plaisir à accepter le gîte pour la nuit. Les circonstances en ont décidé autrement. Je le regrette d’autant plus vivement que ton aimable invitation à me faire visiter la bibliothèque des Constellations m’avait touchée. Je pensais donc y remédier en vous rendant visite demain. Je me doute que tu dois être très occupé, aussi comprendrais-je que tu ne puisses trouver le temps, même si cette pensée me désole. Toutefois, le cas échéant, pourrais-tu m’octroyer l’accès à la bibliothèque, que je puisse prendre connaissance de tes écrits ?

Puisse l’Equilibre guider tes pas,

Suyvel.


Mieux. Bien mieux. Pas parfait, mais acceptable. Du moins pouvait-elle espérer que sa lecture donnerait à Ombre l’envie d’en savoir davantage… et donc d’accepter de la revoir. Suyvel était consciente que ce mot était un peu court, mais bon… si elle ne pouvait s’étendre davantage sur le fond, elle pouvait soigner la forme.

Une idée lui vint.

Rassemblant rapidement ses affaires, elle se mit en route pour les cimes enneigées de Melrath Zorac. Arrivée au sommet, elle choisit une proéminence rocheuse et entonna des chants liturgiques, des prières à Eolia, puis enchaîna avec un sort de convocation élémentaire. Elle répéta la séquence jusqu’à ce qu’une silhouette évanescente apparaisse. Un élémentaire d’air s’était manifesté. Une entité mineure, mais apte à ce qu’elle attendait de lui.

Un Sylphe.

« J’ai entendu ton appel, fidèle de la Dame de l’Air, et j’y réponds.
- Sois-en remercié, enfant de Notre Grande Eolia. Quel est ton nom ?
- Thelef Aunym’Obyl. »


Dans le cadre d’une invocation, ce type de question ne relevait pas de la politesse. Le Sylphe n’était pas tenu d’y répondre mais, s’il choisissait de le faire, il conférait à son invocateur un pouvoir sur lui-même. Il acceptait implicitement d’être rappelé personnellement par la suite. Suyvel en était parfaitement consciente et accepta l’offrande.

« Merci à toi. Thelef, j’ai un service à te demander. Vole jusqu’au domaine des Constellations et trouve leur Roy, un humain nommé Ombre. Et délivre-lui le message suivant.
- Confie-moi tes mots, ils seront portés par les vents. »


Suyvel sortit alors la lettre qu’elle avait rédigée à l’auberge et la lut à voix haute devant Thelef. Celui-ci s’empara des mots, préservant les vibrations de l’air, et les emporta dans son vol rapide. Lorsqu’il arriverait au domaine des Constellations, il les soufflerait à Ombre. Suyvel sourit. Elle aurait bien aimé voir la tête qu’Ombre ferait à ce moment-là. Celui-ci aurait la surprise d’entendre la voix de Suyvel comme si elle était proche de son oreille. Sa surprise serait d’autant plus grande qu’il ne pourrait pas voir venir le messager. Les Sylphes, purs esprits aériens, étaient invisibles à l’œil nu, du moins pour les humains. Un œil elfe était en mesure de discerner une silhouette vaporeuse. Un Sylphe pouvait choisir de révéler sa présence, mais ne le faisait généralement qu’en présence d’un fidèle d’Eolia, ou d’une personne qui avait sa faveur. Suyvel savait qu’Ombre était un dévot de Fimine, et la vieille inimitié entre les Eléments interdirait à Thelef de se montrer devant Ombre.

Evidemment, dans ce procédé, il existait un paramètre sur lequel Suyvel n’avait aucun contrôle. À quoi Ombre serait-il occupé lorsque le message lui serait délivré ?

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Ombre
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 13 Juil 2011 - 16:17

Elle était partie. Soudainement. Brusquement, en coup de vent, peut-être l’appel d’Eolia ? Quoi qu’il en soit j’avais été surpris
de ce départ précipité. Suyvel ne semblait pas être le genre de personne à
partir sans saluer ses hôtes ni à prendre la poudre d’escampette pour d’obscurs
raisons.


Je me suis posé un tas de questions pour arriver à la
conclusion que les magiciennes reçoivent peut-être des appels étranges d’entités
extérieures à notre monde ou que tout simplement en tant que femme Suyvel était
impossible à déchiffrer et avait tout simplement décidé de mettre les voiles
car la nuit au sommet ou au creux d’un chêne ne l’enchantait guère.


Quoiqu’il en soit j’avais décidé que ce n’était pas à moi de reprendre le contact et je vaquais tranquillement à mes occupations Royales.
Dialoguant avec mes Étoiles, leur prodiguant mes conseils et gardant grandes
ouvertes mes oreilles pour entendre les leurs.


Les journées s’enchaînaient à un rythme fou et ce soir j’avais décidé d’aller me balader dans la forêt. La lourdeur de la journée
avait fait place à une bruine fraîche qui faisait le plus grand bien aux
plantes et aux arbres par cette période de sécheresse. Fimine trouvait toujours
le moyen de secourir ses enfants, qu’ils soient arbres, plantes ou humains.


Le soleil finissait lentement sa course derrière de hauts sapins. Ses éclats, entrecoupés par les branches des arbres dessinait des
ombres amusantes à même le sol. Je shootais gaiement dans une pomme de pin qui
traînait là comme pour me défouler. Être Roy peut entraîner beaucoup de
frustrations, il valait mieux frapper une pomme de pin qu’une Étoile pensais-je
en riant.


Je me mis à siffloter un petit air pour oublier les tracasseries et me détendre. Un air entendu sur un pont dans un monde tellement
lointain quand soudain…une voix, celle de Suyvel se fît entendre…


Ombre,

Je te présente toutes mes excuses pour mon départ précipité de l’autre soir.
Crois bien que je n’ai en aucune façon voulu t’offenser, et que j’aurais eu
plaisir à accepter le gîte pour la nuit. Les circonstances en ont décidé
autrement. Je le regrette d’autant plus vivement que ton aimable invitation à
me faire visiter la bibliothèque des Constellations m’avait touchée. Je pensais
donc y remédier en vous rendant visite demain. Je me doute que tu dois être
très occupé, aussi comprendrais-je que tu ne puisses trouver le temps, même si
cette pensée me désole. Toutefois, le cas échéant, pourrais-tu m’octroyer
l’accès à la bibliothèque, que je puisse prendre connaissance de tes écrits ?

Puisse l’Equilibre guider tes pas,

Suyvel.


S’était-elle perdue dans la forêt tout ce temps ? Non impossible. Elle n’était pas là mais sa voix si. Encore un coup de sorcellerie
dont ces diables de magiciens ont le secret. J’avais beau me retourner de tous
les côtés je ne voyais rien. La bruine mêlée aux faibles éclats du soleil
couchant troublaient ma vue. Mais peut-être qu’il n’y avait rien à voir
finalement.


La voix finie par se taire. En terminant par un nom, Suyvel. Le discours entendu ressemblait beaucoup à une lettre. Décidément, on arrêtait
pas le progrès. Fini les courriers et les pigeons ou autres piafs. Je
demanderais quand même à Suyvel comment elle a réussit ce prodige.


Je voulais lui répondre, aussi je me précipita vers la volière, empoigna un pigeon et l’amena dans ma demeure ou je rédigea la lettre
suivante :


Suyel,

J’ai plus été surpris que vexé par ton départ soudain.
Peut-être qu’un jour tu me diras pourquoi tu es partie si précipitamment mais
pour l’instant je ne te demanderais rien. L’invitation pour la visite
tiens toujours. Tu sais où nous trouver à présent, tu n’auras qu’à demander
après moi quand tu arriveras au campement.


Je te montrerais certains trésors des Étoiles….à moins qu’un
coup de vent ne te décide à partir avant la fin de la visite.


A bientôt,

Ombre.


Une petit pique pour terminer, histoire de montrer que sans être vexé je n’oubliais pas son départ précipité pour autant.

Le petit mot entre les pattes de Vaillant (Oui c’est mon pigeon) et il s’envola au loin. En espérant qu’il puisse retrouver Suyel….

********************************************************************

Roy des Constellations
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 15 Juil 2011 - 20:06

En cette fin d’après-midi, dans sa chambre, Suyvel œuvrait machinalement au tri de sa récolte de plantes. Elle n’était guère productive, distraite qu’elle était par des pensées très éloignées de son activité présente. Elle ne pouvait s’empêcher de se demander quelle serait la réaction d’Ombre à son message et du coup, son esprit avait tendance à vagabonder et imaginer mille scénarios tous aussi improbables les uns que les autres. Dans l’un d’entre eux – relevant du registre de la douce féerie ! – Ombre s’empressait de venir lui répondre, faisant diligence jusqu’à l’auberge, escaladant lestement la toiture, et venant frapper à sa fenêtre…

Tac-tac-tac.

Suyvel sursauta, en réprimant un cri de frayeur. On venait réellement de frapper à ses vitres. Elle pivota d’un bloc, s’attendant presque à découvrir Ombre lui souriant, perché sur le toit… il n’y avait personne. Suyvel en resta interdite. Elle n’avait tout de même pas imaginé ce que ses oreilles avaient si clairement perçu. Elle ouvrit la fenêtre, se pencha et regarda de part et d’autre. Personne. Alors… ?

Un léger roucoulement attira son attention. Posé sur l’appui de la fenêtre, un pigeon la dévisageait de son œil rond. C’était certainement le bruit de son bec sur la vitre qui avait surpris Suyvel dans sa rêverie. Quelle déception. En maugréant, elle voulut le chasser d’un geste de la main. Mal lui en prit : le pigeon s’envola brutalement dans un rapide battement d’ailes, mais pour s’engouffrer dans sa chambre.

- Hé, pas par là… !

Suyvel se lança derrière le volatile, essayant à moitié de l’attraper, à moitié de le rabattre vers la fenêtre ouverte. Mais celui-ci lui échappait, voletant dans tous les sens, ne manifestant aucune velléité de quitter les lieux. À tel point que la patience de Suyvel fut rapidement écornée. Et c’est alors qu’en tentant une fois de plus de chasser l’intrus, elle eut un geste aux conséquences déplaisantes : elle renversa son herbier avec ses plantes, mettant à mal son méticuleux travail de tri. Un juron en elfique noir retentit entre les murs de la pièce.

- Fiche-moi le camp ! Saleté de porte-plume !!!

Avisant son livre de chevet, un lourd volume portant le titre nos amies les bêtes, Suyvel s’en empara et l’expédia à la tête du pigeon. Celui-ci l’évita de bien peu mais le choc bruyant du livre sur le mur l’effraya et le décida enfin à sortir de la chambre. Suyvel soupira… et remarqua pour la première fois le message à la patte du pigeon. Elle réalisa qu’elle s’était acharnée à chasser un messager.

- Non, attends !

Mais l’oiseau était déjà sorti. Suyvel n’eut d’autre alternative que de franchir la fenêtre à son tour et de se mettre à courir sur le toit de l’auberge, à la poursuite du pigeon. Celui-ci ne donnait pas pour l’heure l’impression de vouloir aller bien loin mais refusait catégoriquement de se laisser attraper. Suyvel se jurait le contraire. Un dernier sprint foudroyant, et elle lui saisit une patte du bout des doigts.

- Je te tiens ! dit-elle triomphante.

Avant de réaliser qu’elle se tenait en équilibre instable au bord de la toiture. Le temps suspendit son vol un instant… le temps que Suyvel prenne le sien vers le sol, la gravité ayant décidé qu’elle ne ferait pas de cadeau particulier à la magicienne. Suyvel, avec l’agilité propre à sa race, réalisa un saut enroulé qui n’avait pas grand chose de périlleux. Une chute d’un étage n’était pas un problème au vu de sa légèreté. Elle se rétablit sans problème, atterrissant sur ses pieds et dans une spectaculaire gerbe d’éclaboussures… en plein dans l’abreuvoir de la taverne.

Un cheval la regardait. Il hennit légèrement, sur un mode réprobateur.

Suyvel baissa les yeux et contempla le désastre. Sa robe était ruinée. Et pour couronner le tout, elle avait laissé filer le pigeon. Elle sentit la moutarde lui monter au nez. Sautant hors de l’abreuvoir, elle leva les yeux pour voir le messager filer vers un bosquet. S’il y entrait, elle ne le retrouverait pas. Sa main droite se releva à hauteur de son épaule alors qu’elle prononçait une brève incantation. Un projectile lumineux s’y forma, qu’elle lança vers l’oiseau. Faisant preuve d’un remarquable instinct de survie et de réflexes rapides, celui-ci infléchit son vol, évitant l’attaque. Suyvel en resta ébahie… et légèrement vexée. Si même les pigeons se mettaient à déjouer ses attaques…

La colère la prit. Levant les deux mains au dessus de la tête, elle appela une frappe céleste. Foudroyante et surgissant de nulle part, elle ne laissa aucune chance à sa malheureuse cible. Frappé à l’aile gauche, le pigeon entama une vrille vers le sol. Suyvel se précipita, pour découvrir avec surprise que l’oiseau vivait toujours. Mieux encore, même privé de l’usage d’une aile, il essayait encore de fuir. Cela suffisait pour aujourd’hui. Elle abattit le pied sur le pigeon et sentit la délicate ossature craquer sous la semelle de sa botte.

- Alors ? Qui est la plus forte, hein… ?

Au vainqueur les dépouilles ! Suyvel se baissa pour détacher le message et le déroula. Une lettre d’Ombre. Elle en prit connaissance, lut avec plaisir qu’elle était toujours invitée et même attendue, Ombre lui promettant en outre de lui dévoiler certains trésors, sans en dire davantage. Une façon d’attiser encore sa curiosité, certainement. Ce fut alors qu’elle se rappela le pigeon. Elle avait abattu le vaillant messager du Roy des Constellations. Voilà qui était fort peu protocolaire, et qui risquait d’être moyennement apprécié. Et si c’était le messager personnel du Roy ? Elle préférait ne pas avoir à lui expliquer comment elle avait traité son émissaire…

Suyvel ramassa délicatement le pauvre petit corps et s’enquit de son état. Sous ses doigts, elle sentit le petit cœur qui battait encore faiblement. Il agonisait. Seule la magie pourrait le sauver… peut-être. Un sort de soin mineur ne réparerait pas les os brisés. Il lui faudrait recourir à un sort majeur… mais un si petit corps pouvait-il supporter l’absorption d’un sort si puissant ? Elle n’avait pas le choix, ni le temps d’hésiter. Refermant ses paumes sur l’oiseau, Suyvel prononça la litanie de guérison. Elle sentit la magie affluer et elle tenta de la contenir, de la sceller dans la petite créature. Lorsque le rituel prit fin, elle écarta doucement une main… Le pigeon la regardait de son œil rond et inexpressif, tournant la tête, l’inclinant sur le côté, comme pour multiplier les prises de vue.

- Hé bien, hé bien… tu reviens de loin, tu sais ? dit doucement Suyvel pour ne pas effrayer l’oiseau.

Le pigeon roucoula légèrement. Il allait visiblement très bien.

- Retourne auprès de ton maître, petit messager.

Suyvel tendit la main pour aider l’oiseau à prendre son envol, ce qu’il fit. Non sans lui avoir préalablement asséné un coup de bec vicieux, juste sur la chair entre le pouce et l’index.

- Ouille !

Suyvel saisit sa main meurtrie dans l’autre puis chercha cette petite raclure du regard. Le pigeon s’éloignait dans le soleil de la fin de l’après-midi, fier, majestueux. Il partait en vainqueur. Il s’était joué de son adversaire. Il ferait un retour triomphateur. La victoire était sienne.

Du moins, jusqu’à ce que la boule de feu orange n’arrive sur lui en rugissant.

Elle le happa, l’engloutit littéralement, le transformant instantanément en un nuage de cendres fines, aussitôt dispersées par le vent. Suyvel baissa lentement son doigt levé vers le ciel. Être magicienne comportait certains avantages, comme pouvoir se passer de fronde pour dézinguer l’une de ces poubelles volantes. Sa colère retombait. Suyvel avait ses qualités, mais n’était pas exactement un ange de patience. Comme disait Kronan, et cette devise lui allait bien à elle également :
« il y a des jours où faut pas me chercher… et il y a des jours tous les jours ! »

Resterait à expliquer le non-retour du messager. Tant pis. Si Ombre l’interrogeait à ce propos, elle dirait qu’il était reparti, et qu’elle ignorait ce qui avait bien pu lui arriver. Après tout, elle n’était pas responsable de sa sécurité.

Nan mais ho, c’était vrai, quoi, zut à la fin…

* * *

Le lendemain.

L’aube se levait à peine que Suyvel sortait de l’auberge. Direction : le Domaine des Constellations. Elle avait de la route jusque là, et elle souhaitait y arriver avant midi. De fait, son allure, probablement dopée par son enthousiasme à l’idée des promesses de cette journée, fut si soutenue qu’en milieu de matinée, elle vit les toits du domaine se profiler parmi les arbres de la forêt. Elle était de retour.

« Ohé, du campement ? » clama-t-elle pour annoncer sa présence.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 24 Juil 2011 - 19:14

Houaaaaaahhhhhhh....

Je venais de me lever, m'étirant dans tous les sens tel un félin mais...un félin qui avait un peu trop fait de "lever de coude" la veille. Je m'agrippe au lit pour sortir, je n'ai pas l'habitude de dormir ici je suis plutôt branché arbre mais la froideur de la nuit m'a fait me lover dans les draps de soie de l'ancien Roy. En plus il avait eu la délicatesse de les nettoyer avant ma prise de pouvoir. Faudra que je pense à lui faire faire une statue....plus tard.

Je file me passer un ou deux seaux d'eau sur le corps, j'agrippe une fiole ou Calyso m'a confectionné une sorte de parfum au thym et au basilic. Si on avait faim on me prendrait pour un agneau. Pourvu que je ne croise pas un gars comme Gorn qui serait capable de me chasser ne sachant plus qui je suis. Faudra que je le fasse soigner lui aussi, note pour moi même. Ou demander à Tapate de le prendre en charge, réflexion faite ce serait peut-être pas mal.


J'enfile ma tunique et ma cape de Roy, autant en profiter, apparemment on voudrait me tuer avec un pic à glace ou un truc dans le genre (HRP : Exoriel sans le rôle de Sharon Stone).

Je sors lentement de la maison et j'entends piailler les pigeons. Bigre, de si bon matin ils nous font un de ces raffut. Je cours jusqu'à la volière et là je vois Flageolet, Biscotte, Moulfrite et petibeure en pleurs ( Oui moi je fais pleurer les pigeons, Suyvel arrive bien à les griller). je m'approche d'eux pour les rassurer.

Coucou les petiots, papa va bientôt revenir il est allé voir une amie à tonton Ombrounet. Gouzi gouzi gouzi.

Je me retourne, vérifier si personne ne m'a vu faire ça, j'en perdrais ma crédibilité de Roy.
Soudain un cri, que dis-je, un hurlement.


« Ohé, du campement ? »

Et mes pigeons qui se mettent à hurler eux aussi. Ma pauvre tête, et pourtant je n'ai bu qu'une sorte de liqueur que m'a refilé Zohr. Arf, un truc de bûcheron, j'aurais dû me méfier. Je me retourne vers les pigeons et leur fait quelques grimaces pour les calmer, ils adorent ça. Je suis un tonton trop classe. Mais un peu cassé ce matin je dois bien l'avouer

Bonjour Suyvel, je ne t'attendais pas de si bonne heure, soit la bienvenue au campement, je vois que tu as facilement retrouvé le chemin. Mais dis moi, en parlant de chemin, tu n'aurais pas ramené avec toi mon petit Vaillant, tu sais mon pigeon? Regarde, ce sont ses petits, ils attendent leur papa.




Je vais aller leur chercher à manger près de la bibliothèque justement, je te propose de me suivre puisque c'est pour ça que tu es venue non?

Un petit sourire vers Suyel, qui ne quittait plus des yeux les petits pigeonneaux.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 26 Juil 2011 - 19:53

Surprise. Ce fut Ombre en personne qui répondit à son appel.

Le Roy sortit d’un pigeonnier tout en lui souhaitant la bienvenue. Et il enchaîna directement par un sujet que Suyvel aurait franchement préféré ne pas voir surgir dans la discussion… mais cela aurait été trop beau. Pas de chance pour elle, le Roy semblait très attaché à ses petits messagers à plumes. Suyvel dut improviser.

« Ton pigeon… ? Ah, oui, cette petite rac- hum !… ce petit ramier ? Je l’ai laissé partir dès que j’ai pris possession de ton message. Il a filé dans une boule de feu, pardon, comme une boule de feu… je veux dire, il est parti comme s’il avait le feu aux plumes… enfin, c’est une image, hein… Heu, donc il n’est pas revenu ? »

Mais Ombre, l’écoutant à peine, lui montrait déjà – avec émotion – la descendance de feu son messager (HRP présence de calembour détectée). Si elle avait été humaine, Suyvel aurait pu éprouver quelque culpabilité d’avoir privé de leur père les mignons oisillons qui piaillaient à tout-va. Seulement, elle était née drow… et le seul remords que ses semblables connaissaient, c’était celui de s’être fait pincer la main dans le sac. Ou le pigeon dans la boule de feu, en l’occurrence.

En venant vivre parmi les humains, Suyvel avait découvert un monde de sentiments. Les humains étaient étonnants. Ils ne semblaient pas pouvoir s’entendre avec leurs semblables, ils pouvaient les tromper, les trahir, les tuer sans en paraître affectés… et dans le même temps, ils traitaient leurs animaux de compagnie comme des membres de leur famille. Souvent bien mieux que leur prochain, en tout cas. Certains témoignaient même un réel attachement, une véritable affection, à des choses inanimées. Un ours en peluche, par exemple. Totalement délirant. C’était comme si ces hommes et ces femmes avaient eu en eux un trop-plein d’amour à donner, mais qu’ils ne pouvaient l’écouler intégralement entre eux, qu’il leur fallait impérativement trouver des substituts. Tout Roy qu’il était, Ombre ne faisait pas exception à cette règle.

Suyvel ne lâchait plus du regard les oisillons. Ombre s’en rendit compte. Il penserait probablement qu’elle partageait sa fascination pour ces adorables petites bêtes. Seulement, Suyvel l’avait entendu dire qu’il s’agissait des petits de son pigeon. Depuis quand les pigeons engendraient-ils des pingouineaux ? La suspicion émergea à la surface de sa conscience : Ombre se moquait-il d’elle ? Le tendre regard dont il couvait les oisillons lui disait clairement que non. Vaillant avait-il été cocufié par un pingouin de passage ? Si oui, Suyvel se félicitait d’avoir mis fin à ses jours. Elle avait ainsi épargné à cette pauvre bête la honte et l’humiliation pour le restant de sa vie. Mais il ne lui semblait pas que l’on pouvait croiser ces deux familles d’oiseaux. Ce seraient donc des œufs de pingouin que la femelle de Vaillant aurait couvés ? Mais pourquoi ? Et comment seraient-ils arrivés là, d’abord ? Ou bien c’étaient des pigeonneaux métamorphosés en pingouineaux par la magie. Suyvel ne voyait pas quel(le) magicien(ne) dérangé(e) aurait pu faire cela… mais bon, elle ne connaissait pas toutes les Etoiles, loin de là. (1)

Ombre l’invitait à le suivre, ce qu’elle fit machinalement, perdue dans ses pensées. Aurait-on joué un tour au Roy ? Les Constellations abritaient-elles en leur sein quelque redoutable farceur ? Le plus étrange dans tout cela demeurait qu’Ombre ne se fût aperçu de rien. Soit il était nul en ornithologie, soit il était plus myope qu’une taupe – peu probable pour un rôdeur ! – soit… soit quelque chose clochait. Suyvel lança vers Ombre un regard plus scrutateur. Il n’avait pas l’air en forme. Tiens donc. Elle procéda en toute discrétion à une détection de la magie, cherchant quelque charme lancé sur Ombre à son insu, ou une malédiction prononcée par un nécromant malveillant – pléonasme ! Mais son investigation ne lui révéla rien de suspect. Il fallait donc chercher les causes ailleurs.

« Ombre ?
- Oui ?
- Arrête-toi un instant et penche-toi vers moi, tu veux ? »


Un peu interloqué, Ombre obtempéra tout de même. Suyvel plaça ses mains de part et d’autre de son cou (HRP sans faute de frappe si possible !) et laissa ses doigts légers lui rendre compte de l’état de ses ganglions royaux. Rien d’anormal. Elle se concentra alors sur son visage. Traits tirés, fatigués. Elle abaissa la paupière inférieure de son œil gauche, du pouce. Le blanc de l’œil virait au jaune.

« Tire la langue.
- Hein ?!
- Quel mot ne comprends-tu pas dans : tire la langue ?
- Mais je ne peux tout de même pas faire ça… !
- Ne fais pas l’enfant et obéis. »


La situation pouvait sembler étrange à Ombre mais Suyvel, concentrée sur son examen, ne s’en rendit même pas compte. Et comme on obéit toujours à un médecin, quoi qu’il vous demande, Ombre s’exécuta. Suyvel plissa les yeux. Bouche pâteuse. Langue chargée.

« Comment te sens-tu ?
- Heu, un peu fatigué mais ça va…
- Des dérangements récents ? Des symptômes inhabituels ? Des maux de tête ? Des diarrhées ? »


Ombre leva les yeux au ciel.

« Ben, j’ai un peu mal au crâne mais rien de sérieux… »

Un soupçon d’empoisonnement se faisait jour dans l’esprit de Suyvel. Elle plaça sa tête contre la poitrine d’Ombre, à la plus grande surprise de ce dernier, de manière à y coller son oreille.

« Inspire profondément.
- Mmmfffffhhhhh…
- Tousse.
- Theu-heu ! »

Si Suyvel n’avait rien décelé dans le système cardio-respiratoire d’Ombre, elle fit une découverte lorsque, pour la première fois de la journée, l’haleine du Roy parvint jusqu’à ses narines. Elle se figea, les yeux clos, la bouche pincée en une grimace. Les drows avaient la malédiction de l’odorat fin. Un instant, Suyvel crut qu’Ombre avait su pour la mort de Vaillant et qu’elle allait partager son sort funeste… brûlée vive. Heureusement, il n’y avait pas de flamme nue dans les parages. Lorsque ses papilles olfactives cessèrent de hurler au martyre, elle ouvrit lentement les yeux sur un Ombre terriblement gêné.

« Ah.
- Eh… !
- Je vois le genre d’empoisonnement dont tu souffres. Enfin… je le sens, surtout.
- Désolé.
- Je devrais avoir l’habitude, avec Kronan, mais je crois que je ne m’y ferai jamais… »


Elle fouilla dans une petite besace et en tira une fiole de dimensions réduites.

« Puisque tu aimes lever le coude, avale ça.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Tss tss tss, secret professionnel d’hermésiste. »


Ombre déboucha le flacon et en huma le contenu indéterminé avec prudence. L’odeur ne parut pas lui plaire particulièrement. Il fronça les sourcils.

« Mais il y a quoi là-dedans ?
- Si je te le disais, tu ne le boirais pas. »


Un instant de doute. Puis Ombre porta lentement le flacon à ses lèvres et en but une gorgée, sans quitter Suyvel des yeux. Son regard semblait chercher une vérité cachée dans les yeux de la magicienne. Mais tout ce qu’il y lut fut un soupçon d’impatience. Alors il finit la fiole d’un trait.

« Franchement infect, ton truc, ma chère.
- Je sais. C’est à cause de la bouse de Tortogriffe. Déjà, au naturel, ce n’est pas savoureux, mais là, mélangée aux testicules de Taurus broyés, ça prend un goût sauvage.
- QUOI ?!
- Je plaisante.
- T’es sûre ? »


Suyvel avait ouvert son herbier et en tirait des feuilles fraîchement récoltées, qu’elle tendit à Ombre.
« Mastique ces feuilles pendant dix minutes. C’est de la menthe.
- (mâche, mâche) Ch’est néchechaire pour les choins ? (mâche, mâche)
- Non, mais ça te rafraîchira l’haleine, ce qui pourrait t’éviter d’éteindre une Etoile en soufflant dessus par mégarde… »

Suyvel examina le visage du Roy. L’effet de son philtre s’y lisait déjà. Sans prévenir, elle frappa fortement dans ses mains, juste à côté de son oreille. Ombre s’écarta en protestant.

« Hé ! Tu veux me rendre sourd ?
- Cela t’a fait mal à l’oreille, mais qu’en est-il de ta tête ? »


Ombre inclina la tête vers son épaule gauche, tournant les yeux d’un côté, puis de l’autre…

« Ah ben non, tiens. Je n’ai plus mal au crâne.
- Alors ma décoction remplit son office. Je te déclare guéri.
- Tu veux dire que c’était une potion contre la g… contre les effets indésirables de l’alcool ?
- Exactement.
- Mais c’est génial, ton truc ! Je vais pouvoir passer mes nuits à… heu… enfin, je veux dire que de temps à autre, je pourrai me permettre de faire une petite pause, quoi… Et avec ta potion, le lendemain, je serai toujours en mesure de remplir mes royales obligations !
- Aucune chance. Je t’ai dit que la recette était un secret d’hermésiste.
- Alors garde ton secret et vends-moi tes potions. Je t’en prends une bouteille pour commencer. Heu, disons plutôt un tonneau…
- Ne rêve pas. J’ai déjà un soiffard à charge. Depuis que Kronan sait que je connais cette recette, il passe ses soirées en beuveries, sachant que si je veux pouvoir compter sur ses services le lendemain, il faudra bien que je lui fournisse mon philtre. Résultat : il absorbe quasiment toute ma production.
- Ah… alors, que dirais-tu de vendre ta recette à un des hermésistes de ma faction ?
- Tu te moques de moi ?
- Pourquoi tu dis ça ?
- Tu as dans tes rangs le plus érudit des hermésistes de ces terres et tu veux me faire croire qu’il ne connaît pas ce philtre? La recette en est très répandue. Il la connaît forcément.
- Je t’assure que non. Nadhir ne m’a jamais rien dit au sujet d’une telle préparation. Et ce n’est pas faute de lui avoir demandé de m’en trouver une dans ce genre-là.
- S’il ne t’a rien dit à ce sujet, alors, c’est vraiment qu’il ne voulait pas que tu – »


Suyvel s’interrompit brutalement, alors qu’une déduction s’imposait à son esprit. Elle reprit, quelque peu embarrassée :

« Heu… oublie cela. Considérons que je ne t’ai rien dit. En fait, cette conversation n’a jamais eu lieu, d’accord ? »

Quelquefois, elle avait tendance à réfléchir à voix haute. Elle aurait intérêt à se surveiller un peu.

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(1) Si Suyvel avait connu Lumi, la coupable aurait été toute trouvée…
Lumi, alias la mère aux canards (jeu de mots). Pardon Lumi. Wink

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 28 Juil 2011 - 20:02

Suyvel suivit un Ombre ragaillardi qui s’avançait dans le domaine des Constellations. Chemin faisant, il lui demanda par quel procédé elle lui avait transmis son message. Elle lui exposa donc la nature du messager et les capacités très particulières des Sylphes. La fin de son explication devint de plus en plus machinale, alors que son attention se portait sur l’immense bâtisse qui se dressait devant eux.

La bibliothèque des Constellations.

Suyvel avait toujours aimé l’atmosphère propre à ces tranquilles lieux de savoir. Mais celle-ci semblait dégager une ambiance particulière. Ils avancèrent au milieu des rayonnages. Les allées succédaient aux allées, les étagères s’empilaient vers des hauteurs vertigineuses. Au passage, Suyvel caressa d’une main amoureuse la tranche de grimoires datant de plusieurs siècles pour certains, et traitant de sujets variant à l’infini. La quantité de savoir que devait receler ce lieu semblait proprement astronomique. Elle entendait vaguement la voix d’Ombre qui devait lui raconter l’histoire de la bibliothèque mais, plus tard, elle serait incapable de se souvenir du moindre mot, absorbée qu’elle était dans sa contemplation.

« Suyvel ? »

« Hein ? »

Elle revint brusquement sur terre. Ombre la fixait d’un air interrogateur.

« Tu avais l’air ailleurs. Tu ne vas pas encore prendre la tangente ?
- Prendre la… ? Oh. Non. Non, pas du tout.
(un sourire) Hors de question de quitter un tel lieu sans même en avoir profité. Et puis c’est la raison de ma présence aujourd’hui.
- Bon, tant mieux ! Ah, voici le rayonnage dédié aux récits personnels des Etoiles. »

Ombre farfouilla dans une pile de porte-parchemins et en tira un fermé, dont il dévissa l’extrémité. Il en fit glisser le contenu, quelques feuilles roulées ensemble, et les tendit à Suyvel.

« Voici mes notes sur mon histoire. Il y a des fauteuils et des tables, un peu plus loin, dans la salle de lecture. Installe-toi au mieux. Je te laisse : les petits de Vaillant attendent leur repas. Bonne lecture et à plus tard. »

Ombre s’en fut, la laissant seule au milieu de la vaste salle. Suyvel porta de nouveau son attention sur le rayonnage : il lui semblait bien avoir aperçu, lorsqu’Ombre avait cherché ses notes… oui, c’était cela : des parchemins portant le nom de Helevorn. Elle s’en saisit également et alla s’installer ainsi qu’Ombre le lui avait suggéré. Ceci fait, elle eut encore à régler une question préalable : par quel récit commencer ? Certes, elle était ici sur l’invitation du Roy… mais c’était Helevorn le premier qui l’avait invitée à prendre connaissance de ses écrits. Cruel dilemme.

L’impatience à se plonger dans la lecture la poussa à une rapide décision. À tout seigneur, tout honneur : elle commencerait par les textes d’Ombre.

Un peu plus tard.

Suyel relisait quelques passages spécifiquement, cherchant une vérité qui lui échappait tout autant qu’à l’auteur de ces pages. Etrange récit. Etrange histoire. Etrange destin.
Ombre… Suyvel hésitait désormais à le nommer ainsi… il avait connu une autre existence. Une autre vie, dans un autre monde. Sous un autre nom. Mais s’il semblait se souvenir de cette vie, son nom lui avait été volé. Son libre-arbitre aussi, du moins en partie.
Il avait voulu vivre… et une entité maléfique avait répondu à son souhait. Six vies. Le chiffre ne devait probablement rien au hasard. En tant que magicienne, Suyvel connaissait la symbolique des nombres. Un représentait la Loi. Huit, le Chaos. Cinq, les Forces Bénéfiques. Et le six annonçait les Forces du Mal. Pourtant, Ombre lui avait paru ne rien avoir de maléfique… mais le propre du Mal est de tenter de s’infiltrer partout, surtout en ceux qui l’ignorent. De tenter. De pervertir. De corrompre.

Suyvel comprenait maintenant fort bien l’embarras d’Ombre lorsqu’elle l’avait invité à narrer son histoire. Ce n’était pas le genre de faits dont on se vantait en public. Ou même en privé, à bien y songer. En fait, c’était même courageux de sa part d’avoir autorisée la magicienne à en prendre connaissance. Courageux et honnête. Suyvel songea qu’il s’agissait peut-être d’une mise en garde de sa part : il l’avertissait ainsi qu’il pouvait être amené à accomplir des actes contre sa volonté. Cela en faisait un danger potentiel pour tous ses proches. Il en avait certainement prévenu les Etoiles… et cela n’avait pas empêché Nadhir de le désigner comme son successeur ? Curieux. Certes, comme il avait été général, il n’était guère surprenant de le trouver à la tête d’une faction… Mais nommer un homme possédé par les forces du mal, capable de se transformer à tout moment en machine à tuer, semblait un pari risqué. Suyvel aurait bien tenté de rejoindre Ombre pour en discuter avec lui… mais elle ignorait s’il n’était pas retenu par ses obligations et, en outre, elle n’était pas certaine que le presser sur un sujet si sensible fût une stratégie payante. Elle devrait probablement temporiser.

Suyvel porta alors son attention sur les parchemins de Helevorn. Après tout, ses questions pouvaient attendre. Elle avait à faire… Au vu du nombre de feuilles, elle se disait qu’une longue lecture l’attendait. Elle ne savait pas à quel point.

Des heures plus tard.

Suyvel s’acharnait à relire avec la plus grande attention chaque mot de chaque ligne, cherchant les doubles sens, les non-dits, les intentions cachées. Lors de sa première lecture, elle avait littéralement dévoré l’extraordinaire récit qui s’étalait sous ses yeux. Puis elle s’était lancée dans une seconde lecture, plus lente, plus attentive. Et cela ne lui avait même pas suffi. Le troisième passage restait le plus décevant, dans la mesure où il ne semblait rien devoir lui révéler de notable qu’elle n’eût déjà compris lors des deux premiers. Mais même en arrivant au bout de cette troisième lecture, c’était encore trop peu pour Suyvel. Trop peu pour assimiler la portée effarante de ce qui y était relaté.

Lors de leur première rencontre, Suyvel n’avait vu en Helevorn qu’un congénère, un guerrier, un drow moyen, excepté sa haute taille et ses remarquables iris, fort inhabituels chez ceux de son espèce. Pouvait-on être plus éloigné de la réalité ? Certes, le chaos est changeant et trompeur… mais elle n’avait pas su voir au-delà des apparences. Elle aurait dû s’en rendre compte. Elle aurait au moins dû avoir l’intuition de la vérité.

Un draegloth.

Et pas le rejeton d’un démon mineur, non. Tout bonnement le fils d’un Seigneur Démon. Le Prince de la Luxure. Rien de moins. Helevorn était de haute naissance, de quelque côté que l’on regardait. Sa mère avait été archiprêtresse de Lloth. Donc la dirigeante de fait de la Cité Perdue.

Mi-drow, mi-démon.

Suyvel n’avait pas personnellement croisé de draegloth durant ses jeunes années à Menzoberranzan, mais elle avait entendu parler de ces femelles drows qui s’accouplaient à un démon afin de concevoir une engeance bâtarde mais douée d’aptitudes très particulières. Donc synonyme de pouvoir et de prestige dans la société drow. L’archiprêtresse actuelle, Triel Baenre, avait elle-même donné naissance à un fils de ce genre, Jeggred Baenre, qui la servait comme garde du corps.


Toutefois, ni cette nature démoniaque ni son rang de naissance ne lui avaient épargné quoi que ce fût. Son existence relevait de la tragédie.

Son sombre géniteur l’avait utilisé pour accomplir ses desseins, à l’insu de Helevorn. Ne lui révélant la vérité que lorsque tout fût consommé. Il l’avait manipulé d’un bout à l’autre de ses jeunes années. La conception de Helevorn elle-même n’était que le préambule d’un gigantesque complot. Il avait été créé comme l’on façonne un outil, pour s’en servir. Comment après cela être reconnaissant envers celui qui vous avait donné la vie ?

Mais toutes ces considérations passaient à l’arrière-plan devant l’énormité de ce que Helevorn avait accompli. Il avait soumis Lloth. L’esprit de Suyvel restait incrédule devant une telle affirmation. La Reine-Araignée, renversée. Probablement son culte balayé et Che’el Gotfrer passée aux mains des mâles. Le récit ne le précisait pas. Pouvait-on vaincre Lloth ? Etait-ce possible ? Cela paraissait tellement… délirant…

Dans un long soupir, Suyvel se laissa aller en arrière dans son siège. Toute cette histoire lui donnait le vertige. De fait, elle ne se sentait pas très bien lorsqu’elle se releva. Elle se dit qu’un peu d’air frais lui serait certainement salvateur. Elle quitta donc la bibliothèque toujours baignée de silence pour aller faire quelques pas dehors. Cela ne fit pas disparaître le malaise qui la tenaillait. Son regard tomba alors sur la taverne, lieu de sa première visite. Elle songea qu’un petit remontant ne lui ferait pas de mal. Ainsi qu’un morceau à grignoter, du moins si elle arrivait à avaler quelque chose. Son dernier repas remontait à des heures mais elle ne se sentait désormais pas le moindre appétit, et elle craignait que sa gorge, vaguement nouée, refusât de laisser le passage à toute nourriture solide.

D’un pas mal assuré, Suyvel alla donc pousser la porte de la taverne et jeta un coup d’œil circulaire. Elle s’était attendue à y trouver Calyso, et peut-être quelques Etoiles, même si l’après-midi ne constituait généralement pas une heure de grande fréquentation de ce type de lieu. Mais l’endroit semblait purement et simplement déserté.

Enfin, presque.

Car dans un coin éloigné de la salle, elle discerna une silhouette. Installée derrière une table, fort commodément assise dans un fauteuil, les jambes étendues, les pieds nonchalamment posés sur un autre siège, un verre à la main. Manifestement très occupée à ne rien faire.

Helevorn.

Suyvel sentit son malaise s’affirmer. Elle ferma les yeux. Pourquoi fallait-il qu’elle tombât précisément sur lui ? Dans son état, elle n’avait pas envie de voir qui que ce fût, mais surtout pas lui. Elle fut saisie d’une terrible envie de faire demi-tour et de fuir le domaine… ce qui n’aurait jamais été qu’une seconde fois, après tout. En même temps, une vague de questions se soulevait sous son crâne et en frappait les bords sans relâche, cherchant inlassablement une issue. Elle ne pouvait nier que sa curiosité habituelle tenait à faire valoir ses droits, qu’elle avait eu envie de lui parler… mais pas maintenant. Il était trop tôt. Elle avait besoin de digérer tout ce qu’elle venait de lire. Mais elle voulait en apprendre davantage. Elle avait besoin de temps. Mais elle ne pouvait pas attendre.

Tiraillée entre ces impulsions contradictoires, Suyvel hésita plusieurs secondes sur le seuil de la taverne, ne parvenant pas à prendre une décision.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 28 Juil 2011 - 22:11

Un rayon rosâtre danse sur ma main, reflet de vin roulant dans son verre. J'observe son tangage oisif, un coude sur l'accoudoir d'un lourd siège en bois, mes jambes tendues, croisées, les talons posés sur l'assise d'une chaise.

Isolé et seul dans un coin de la spacieuse taverne du Domaine, je n'aspire à rien d'autre qu'a profiter de la solitude d'un début de soirée, à m'enivrer d'un très bon alcool avant peut-être de partir en chasse. Pour le sang, pour la chair, pour les deux peut-être.

Mon esprit s'évade dans les perspectives à venir quand le couinement de la poignée et le grincement de la porte attirent mon attention.

Je fronce les sourcils, prêt à surmonter une confrontation avec une Rhapsody abandonnée depuis des semaines, laissée lâchement sans nouvelle. En revenant en ce lieu, le risque est élevé, mais mon nouvel état me pare d'un détachement suffisant pour en accepter les conséquences. Finalement, la silhouette qui apparaît est tout autre et ce n'est pas une étoile.

Une femme à la peau d'ombre, les cheveux blancs comme neige, parée de l'habit clair des mages s'arrête sur le seuil. Elle balaye des yeux la salle désertée pour finir sur moi. Elle se détourne, clos les paupières et semble terriblement mal à l'aise. Pourtant elle reste.
Nul pas en arrière, aucun en avant. Comme prostrée, en proie a une sévère hésitation.

Peut-être se trouve-t-elle mal à l'aise de n'avoir pas répondu à mon invitation -toutefois implicite- lors de sa première visite. Ou peut-être est-ce autre chose, mais j'ignore quoi. Aurait-elle eu vent de ma réputation ? C'est fort probable.

Mais elle demeure.

Je ne la quitte pas des yeux jusqu'à ce qu'elle daigne lever la tête et rencontrer mon regard.

La drow lève le menton qui s'imprime d'un plissement gêné et trouve mes prunelles. Son œil pourpre brille du feu de la curiosité.

J'esquisse un sourire impertinent, accroche le bord du verre à mes lèvres et déguste une gorgée de vin. Sa saveur fraîche et fruitée noie mon palais d'un afflux d'arômes délicieux, je ferme les paupières pour en apprécier chaque note puis les rouvre, posant mon regard sur la femme.

Du fond de la salle je lui lance un "Bonsoir..." bas, presque intime.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 29 Juil 2011 - 19:19

Helevorn avait remarqué son entrée, bien évidemment. Vu le calme ambiant, même une souris ne serait pas passée inaperçue. Suyvel aurait préféré cela. S’il ne l’avait pas vue – ou s’il l’avait tout simplement ignorée – elle aurait tenu un bon prétexte pour ne pas s’attarder. Elle n’aurait pas cette chance.

Premier regard du guerrier. Peu amène, presque contrarié. L’idée d’être dérangé ? La volonté bafouée de rester seul ? Ou l’anticipation d’une visite peu agréable à ses yeux ?
Puis un relâchement dans son regard. L’intruse semblait finalement ne pas être considérée comme telle. Une autre bonne raison de faire demi-tour qui s’évanouissait.
Un contact visuel qui se prolongeait, s’attardait. Une marque d’intérêt pour la visiteuse imprévue. Une ébauche de sourire, probablement dû à l’hésitation de la magicienne.

Après le contact de ses yeux, celui de sa voix. Il prit néanmoins le temps de déguster une gorgée de sa boisson – du vin, d’après le bouquet qui parvenait aux narines de Suyvel – avant de lui adresser un « bonsoir » qui scellait la fin de son atermoiement.

« Bonsoir à toi », répondit-elle dans un souffle profond. Sa décision était prise. Elle fit quelques pas lents vers l’unique occupant des lieux, vérifiant tout de même qu’un autre ne lui eût point échappé.

Inconsciemment, elle laissa la porte de la taverne ouverte derrière elle.

Son inspection confirmant qu’ils étaient seuls dans la pièce, Suyvel s’adressa au guerrier attablé.

« J’étais venue en quête d’un petit remontant… Qu’y a-t-il à boire ici ? »

Mais ses regards répétés, de gauche et de droite, auraient probablement suffi à informer Helevorn de ce qu’elle recherchait. Et de la réalité croissante de son envie. Devait-elle lui en expliquer l’origine ? Elle n’en voyait pas la nécessité. Toutefois, elle n’avait pas de raison particulière de lui dissimuler cela. En fait, étant donné qu’elle souhaitait l’interroger sur ses mémoires, elle serait amenée à lui révéler d’où elle venait. Autant jouer franc-jeu.

« Je viens de la bibliothèque », fit-elle d’une voix blanche.

« J’ai pris connaissance de tes écrits. »

Sa voix paraissait toujours dénuée d’intonation et d’énergie mais Suyvel se sentit plus forte de l’avoir dit. Du coup, elle franchit la distance qui la séparait encore de la table de Helevorn, tira un siège et y prit place, s’y laissant couler dans un mouvement dénotant sa lassitude. Lorsqu’elle eût rassemblé suffisamment de force et de courage, elle lui adressa une question qui reflétait bien son état d’esprit.

« Est-ce que tout ce que tu y as consigné est réellement survenu ? »

Le ton de Suyvel disait assez son étonnement et son incrédulité.

En même temps, elle détaillait Helevorn des pieds à la tête, cherchant un indice de sa réelle nature. Un draegloth, peut-être, mais pas le fils d’un Glabrezu en tout cas. Ces démons étaient bien connus des drows. Comme les succubes, ils venaient tenter les vivants et corrompre les âmes. Ils n’offraient pas les plaisirs de la chair mais la puissance, la richesse, ou le respect. Ils passaient des pactes malsains avec tous ceux prêts à se damner. Et de leur union avec les hautes prêtresses de Lloth naissaient les draegloths.


Leur progéniture conservait certaines de leurs caractéristiques. Leurs quatre bras, par exemple. Et rien de ce que Suyvel voyait ne lui indiquait une telle filiation chez Helevorn. Son apparence drow semblait irréprochable, si ce n’était ses yeux si particuliers. Ses sens physiques ne lui apprenant rien de neuf, elle fit appel à celui de la magie, afin d’étudier l’aura de Helevorn. S’il était celui qu’il prétendait… s’il était vraiment le fils d’un Seigneur Démon… elle était sûre de trouver la trace du Chaos dans son énergie vitale.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 30 Juil 2011 - 16:06

La drow interpellée n'a d'autre choix que d'entrer dans l'arène. Le souvenir piquant de notre première conversation me chatouille les sens. Suyvel est une femme de caractère, et je brûle de savoir ce qui la trouble.

Son introduction est vite balayée par la révélation de sa présence au Domaine. Elle a visité la bibliothèque sans moi. Sans doute a-t-elle trouvé un autre guide, j'imagine en la personne du Roy dont il serait déplacé de décliner quelque invitation que ce soit, et certainement pas au profit d'une balade en compagnie d'un simple lieutenant.

Je hoche vaguement la tête l'invitant à poursuivre, tout en remuant paresseusement le vin.

« J’ai pris connaissance de tes écrits. »

Ainsi tout s'explique. Son air un peu gauche, son regard fuyant. Elle tente de retrouver sa contenance et se décide à prendre un siège.

Retirant mes bottes de la chaise, je m'installe de sorte à l'avoir face à moi. Je pose le verre sur la table et mes coudes sur le rebord, attentif.
Sa question me tire un haussement de sourcil. M'accuserait-elle de fabulation ? Pire, de mensonge ? Son regard n'a de cesse de passer sur moi, cherchant à me dévoiler, à me percer.

Je fronce légèrement les sourcils, prenant un air sérieux. Je pousse ma coupe devant elle sans la quitter des yeux, la pénétrant avec tout autant d'impudeur qu'elle peut le faire elle-même.

"Un excellent vin rosé. Doux et fruité."

L'art d'éluder. Je ne la priverais pourtant pas d'une réponse. Je laisse un instant mes doigts sur le pieds du verre avant de m'adosser au dossier de mon siège, la main sur la cuisse. Sans attendre de réponse elle tente de me lire sur le vif, usant de ses compétences magiques pour déceler ce qui me compose.

J'esquisse un sourire face à sa tentative. Mon aura est d'une telle évidence...

Les secondes défilent et notre jeu de regards commence à prendre une allure singulière. Quiconque nous observerait aurait des doutes sur la nature de cette silencieuse appréciation.
Par pure provocation, mes prunelles coulent alors dans son décolleté avant de revenir à son visage, un sourire impudent sur la bouche.

Une expression pincée naît sur ses traits, elle s'apprête à dire quelque chose quand je décide d'entre-ouvrir les lèvres, la coupant dans son élan pour jeter un "Oui" net.

Je m'avance, mon buste butant contre la table, y pose un coude et lui parle tout bas.

"Qu'est ce qui te surprends le plus, Suyvel ?"
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 30 Juil 2011 - 20:36

La question de Suyvel sur la véracité de son récit provoqua chez Helevorn une légère réaction. L’étonnement, d’abord. Et une pointe de contrariété, ensuite. Il devait se demander si elle ne le prenait pas pour un imposteur. Ou un mythomane. Telle n’avait pas été son intention. Tout simplement, son esprit se refusait encore à accepter ce qu’elle avait lu. Elle avait besoin d’entendre sa réponse. Il se contenta d’éluder. Pas franchement vexé, selon toute apparence, mais d’humeur joueuse.

Helevorn poussait sa coupe de vin devant elle. Il y avait déjà bu, il avait pris soin de le faire sciemment sous ses yeux avant de la saluer. Elle le savait pertinemment, et pourtant son esprit l’occulta totalement, monopolisé par d’autres sujets. Elle s’en saisit sans même y penser et la vida d’un trait, sans aucun égard pour le breuvage raffiné qu’elle contenait. Un amateur aurait été scandalisé de voir cela. Mais l’esprit de Suyvel était à mille lieues de ces considérations œnologiques. Elle reposa le verre et le poussa machinalement vers Helevorn, sans pour autant lâcher le pied. Une demande muette mais explicite.

Leurs regards se croisaient, se cherchaient, s’esquivaient en un ballet silencieux. Suyvel mit à contribution son sens de la magie pour trouver dans l’aura de Helevorn au moins une confirmation de sa nature. Ce qu’elle y vit ne laissait guère de placer au doute. Il portait la Marque. L’empreinte du Chaos. Nette, évidente. Profonde, puissante. Et aussi une chose inattendue… un mince vortex plongeant à travers le tissu de la réalité, dont son aura semblait – au moins en partie – provenir. Une connexion magique ? Mais vers quoi ? Suyvel ne résista pas à la tentation d’en apprendre davantage et laissa sa conscience astrale suivre le vortex et explorer ce qui se trouvait au-delà.

Sa forme astrale plongea dans le vortex, suivant le fil éthéré qui en provenait, et voyagea à travers les réalités et les mondes, jusqu’à identifier sa provenance. Un lieu sombre s’étalait à perte de vue. Pas de doute permis : elle se trouvait dans les Abysses. Au milieu, un palais d’argent, aux hautes tours d’ivoire. Le fil y menait. Elle s’y rendit donc, pour découvrir finalement un lieu clos. Empli d’infinies ténèbres que même son esprit ne perçait pas. La seule chose qui y fût visible était un trône, qu’elle apercevait de dos. Et il était occupé. Par un géant à la peau d’ébène, à la tête coiffée de six courtes cornes. Lorsqu’il tourna la tête de côté, elle aperçut son œil gauche. Empli d’une lumière verte surnaturelle. Un regard qui lui en rappelait immanquablement un autre.

C’est lui. Ca ne peut être que lui. Graz’zt.


Ce fut alors qu’elle remarqua que la tête du Prince Noir continuait lentement sa rotation, comme s’il cherchait quelque chose, comme si son attention avait été sollicitée… comme s’il subodorait qu’un intrus se trouvait là, à l’observer. Elle fut saisie d’une implacable intuition.

S’il regarde dans ma direction, il va me voir.

Sous sa forme actuelle, Suyvel était a priori indétectable. Mais qui était-elle pour décréter ce qu’un Seigneur Démon pouvait accomplir ou non ? Saisie de frayeur, elle coupa le contact mental établi avec les Abysses. Sa forme astrale parcourut en flèche les différents niveaux qui la séparaient de ce monde, pour se réfugier dans son corps. Sa conscience astrale et son esprit ne firent à nouveau qu’un, la première rendant compte à l’autre de ce qu’elle avait découvert.
Une expression pincée naquit sur ses traits, elle s'apprêtait à dire quelque chose lorsque Helevorn décida d'entrouvrir les lèvres, la coupant dans son élan pour jeter un mot. Un simple mot.

"Oui."

Une réponse nette. Une réponse qui venait tardivement suite à sa précédente question, sur l’exactitude des écrits de Helevorn, mais Suyvel n’en sut rien. Elle en resta coite. Elle s’était apprêtée à lui dire « Alors tu es vraiment le fils de Graz’zt ? » et voilà qu’il lui répondait avant même qu’elle eût formulé la question. Savait-il ce qu’elle venait de faire ? En avait-il eu conscience ?

Et maintenant, pour faire bon poids, il lui demandait ce qui la surprenait plus.

Plusieurs réponses possibles fusèrent dans sa tête : « tout », « l’existence même de ce récit » ou bien « que tu oses poser une telle question ». Si elles présentaient un certain intérêt sur un plan rhétorique, elles ne feraient guère avancer la discussion. Elle chercha donc dans sa mémoire – et dans son cœur – ce qu’elle avait ressenti de plus saisissant.

« La défaite de Lloth. »

Le ton était circonspect, mais sincère.

« Je sais bien que Lloth a connu des défaites par le passé… notamment lorsqu’elle était encore Araushnee, l’épouse de Corellon Larethian. Elle complota contre son mari et cela dégénéra en un affrontement direct, conclu par sa défaite et son bannissement de la Seldarine, le panthéon elfique. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle pût être vaincue sur ses terres, au milieu de ses fidèles. »

« Par dessus tout, ce que je trouve sidérant, c’est l’existence d’un pouvoir capable de vaincre la volonté de Lloth… de la soumettre comme tu as écrit l’avoir fait. »

« Ce pouvoir est-il tien… ou celui de Graz’zt ? »


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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 31 Juil 2011 - 11:28

J'observe son index et son majeur écartés contre le pieds du verre. Ses ongles. Elle en veut encore. Pourtant elle n'a pas prit la peine d'apprécier ce qu'elle a bu.

Je pourrais lui servir n'importe quel breuvage, avec n'importe quoi, qu'elle ne s'en apercevrait pas.

Cette réflexion me tire un léger un sourire tandis qu'un dessein des plus fielleux tisse sa toile dans mon esprit.

Mon regard remonte le long de son bras, cours contre son épaule, gravis la ligne de sa gorge, passe son menton, sa bouche jusqu'à se nicher dans ses yeux.

« La défaite de Lloth. »

Elle me questionne. Je l'écoute, fixe, absorbé par tout autre chose, puis me lève sans lui accorder de réponse et me dirige paisiblement derrière le comptoir.

La drow me scrute.

Je m'empare d'un pichet en terre cuite, d'une coupe, et reviens à la table sans me presser le moins du monde. Debout à côté d'elle, je pose le verre près du premier dont je me saisis, le remplis dans une douce mélopée de liquide et le lui tend sans rien dire, mes yeux dans les siens.
Elle le prend sans un mot.
Je réitère l'opération, pose la carafe, puis reprend ma place. Un léger signe de ma coupe en avant comme pour trinquer et je mouille ma bouche au vin. Muet et pensif, je presse mes lèvres de mes incisives afin d'en recueillir jusqu'à la dernière goutte.

Mon avant-bras contre la tranche de la table, la coupe dans ma main, je lève les yeux sur Suyvel. Perçant.

"Ne t'aventures pas dans la gueule du loup."

Une recommandation à l'intrusion menée quelques minutes auparavant.

"La curiosité est un dangereux défaut."

Une nouvelle gorgée de rosé.

"Ce qui me différencie de Graz'zt, c'est mon indifférence à la conquête de Royaumes."

Une réponse nébuleuse mais qui saura peut-être la satisfaire.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 31 Juil 2011 - 20:24

Très concentrée, Suyvel guettait la réponse de Helevorn sur l’origine du pouvoir capable de vaincre la Déesse-Araignée. Son attente fut déçue. Helevorn paraissait quelque peu absent… Sur ce sujet, elle aurait compris un silence ou une nouvelle pirouette verbale que le guerrier semblait affectionner. Mais quel sens donner à sa distraction ? La conversation était-elle en train de prendre une tournure ennuyeuse à ses yeux ?

Puis il se leva et alla tout tranquillement prendre un second verre ainsi qu’un pichet plein. Elle l’observa revenir d’un pas nonchalant vers la table, s’immobiliser à côté d’elle, lui remplir son verre et le lui tendre. Elle le saisit tout en se demandant si elle devrait le presser de lui répondre. Dans le doute, elle garda le silence.

Helevorn s’affaira autour du second verre et se rassit. Toujours muet, il se contenta de prendre une nouvelle gorgée de vin. Perdu dans ses pensées. Un peu déçue, Suyvel se rappela qu’elle avait réclamé un remontant, et que le premier verre, certes salutaire, n’avait pas vraiment suffi. Elle porta la coupe à ses lèvres et en vida la moitié, presque aussi rapidement que la première fois.

"Ne t'aventure pas dans la gueule du loup."

L’avertissement tomba sans prévenir. Surprise par cette sortie, Suyvel oublia son verre et dévisagea Helevorn, pour se rendre compte qu’il la fixait intensément. Elle ne pouvait donner qu’un sens à cette déclaration sans ambages. Il savait. Elle ignorait comment mais il savait pour sa brève exploration astrale. La réaction de Suyvel fut tout sauf calculée.

« Tu n’es pas magicien, alors comment…. ? »

La surprise l’empêchant même de finir sa phrase.

"La curiosité est un dangereux défaut."


Là, elle en était sûre : il savait. En même temps, elle n’avait pas eu l’intention de lui cacher sa petite virée extra-planaire. Mais qu’il puisse être au courant de cela soulevait une tonne de questions pour toute magicienne un peu au fait de son métier.
Pour ce qui était de l’avertissement, Helevorn prêchait une convaincue. Après ce qu’elle en avait aperçu, Suyvel n’avait nulle envie de retourner vers le domaine de Graz’zt. Bien trop périlleux pour elle à son actuel niveau de pouvoir et de connaissances. Mais elle avait ignoré au départ ce qu’elle trouverait là-bas… et elle avait eu une excellente raison d’y aller. Il lui fallait une confirmation sur au moins l’une des affirmations de Helevorn. Sa filiation prouvée rendait le reste de son récit crédible. Difficilement acceptable pour l’esprit de Suyvel, mais suffisamment étayé pour qu’elle n’ait plus vraiment de doute à ce sujet.

« Merci de t’inquiéter de mon sort. »

Une déclaration assortie d’un sourire malicieux.

« Quant à la curiosité… elle peut être dangereuse, mais l’ignorance est mortelle. »

Helevorn prenait une nouvelle gorgée de vin, ce qui rappela à Suyvel l’existence de son verre, toujours dans sa main. Elle but également. Ce fut alors que son esprit daigna enfin prêter quelque attention aux signaux que lui envoyait sa langue depuis un moment déjà. Oubliant son hôte, elle se concentra sur le contenu de son verre et porta ce dernier à ses narines, en agitant légèrement le vin. Prise d’informations olfactives. Lentement, Suyvel prit une nouvelle gorgée de vin. Cette fois, elle le garda en bouche, le faisant rouler pour mieux en découvrir les saveurs. Plus de doute. C’était bien ce qu’il lui avait semblé.

« Très agréable, ce rosé. »

Elle leva son verre en un geste de remerciement.

"Ce qui me différencie de Graz'zt, c'est mon indifférence à la conquête de Royaumes."

Une réponse à sa question ? Suyvel avait perdu l’espoir d’en obtenir une, et pourtant... Ce n’était certes pas une réponse directe et entière. Mais un début tout de même.

« Et vers quelles conquêtes tes penchants te portent-ils ? » dit-elle doucement, avec un léger sourire aux lèvres.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 31 Juil 2011 - 21:17

Elle le sait pour l'avoir lu. Mais elle prend un malin plaisir à me le demander.

Un large sourire s'étire sur mes lèvres. Je l'observe de longues secondes durant, exercant sur ses prunelles une force qui mettrait mal à l'aise n'importe qui ne m'est pas intime. Pourtant elle le soutient tant qu'elle peut.

Quelle intéressante créature...

Le pieds du verre heurte la table dans un son clair. Je le déplace sur le côté, me libérant la voie. Inclinant le buste dans sa direction, je réduis la distance qui nous sépare jusqu'à pénétrer en partie son espace vital.

Sans cesser de la regarder.

"Brûles-tu tant de me l'entendre dire pour me poser une question à laquelle tu as déjà la réponse ?"
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 1 Aoû 2011 - 20:00

Le regard de Helevorn se faisait intense, lourd… et pourtant Suyvel l’affrontait calmement. Pour une drow, pas question de baisser les yeux devant un mâle. Jamais. Curieux comme certaines attitudes lui revenaient naturellement après toutes ces années loin de ses semblables. Ce n’était toutefois pas là-dessus que l’esprit de Suyvel s’attardait. C’était plutôt sur un ressenti inattendu.

Helevorn écartait son verre pour se pencher vers elle, accentuant encore la pression de ses prunelles, mais ce duel un peu puéril était en train de se métamorphoser en autre chose. En fait, soutenir son regard n’était à cet instant plus réellement une épreuve pour Suyvel… elle y trouvait même… quoi au juste ? Elle n’aurait su le dire mais elle n’avait déjà plus envie de se détourner de son regard. Une alchimie étrange semblait à l’œuvre. Magie d’un instant éphémère qui prenait son envol vers l’éternité.

"Brûles-tu tant de me l'entendre dire pour me poser une question à laquelle tu as déjà la réponse ?"

« La réponse te brûle-t-elle au point que tu ne puisses la laisser franchir tes lèvres ? »

Du tac au tac. Sans animosité. Juste un prélude à une joute qu’elle savourait d’avance.

Suyvel en éprouva un délicieux frisson qui lui électrisa l’échine. Déjà, les muscles de son dos jouaient pour lui permettre de se pencher à son tour et de réduire encore cette distance qui l’empêchait de profiter pleinement de ce moment de félicité.

Et puis son esprit, qui avait été durement mis à l’épreuve ce jour, associa au regard émeraude un souvenir récent. L’image de Graz’zt passa rapidement devant les yeux de Suyvel. Le charme tomba brusquement. L’instant éclata comme le cristal du verre que Suyvel venait de laisser choir au sol. Elle se recula dans son fauteuil – du moins, autant que le haut dossier le lui permit – et ses yeux se perdirent dans le vague. Finalement, elle les couvrit de sa main désormais vide, comme pour en chasser l’image indésirable.

Lorsqu’elle se fut un peu reprise, Suyvel eut un faible sourire en direction de Helevorn.

« Une citation me vient à l’esprit, mais je ne sais plus de qui elle provient. Ne t’aventure pas dans la gueule du loup. Un conseil que j’ai omis de mettre à profit, dirait-on… »

Le loup n’était pas forcément celui que l’on croyait. Différents souvenirs lui traversèrent l’esprit, se mêlant au cours troublé de ses pensées.

Il a séduit la fille de Belarbreena pour la manipuler alors qu’il n’était qu’un esclave. Il est sournois.

Son regard est envoûtant… quelle qu’en soit l’origine, il a des vertus presque hypnotiques. Il est charismatique. Il est attirant.

Il a soumis Lloth. Il est puissant. Il est dangereux.


Ce fut cette dernière pensée qui finit de semer le trouble dans son esprit. Elle voulut regarder Helevorn mais son propre regard la trahissait, ne faisant que passer et s’égarer, fuyant tout contact direct. Elle reprit la parole, mais d’une voix fatiguée. Sérieuse. Presque triste.

« Dois-je te considérer comme un danger pour moi, Helevorn ? »

La question pouvait sembler naïve. La réponse ne pouvait qu’être négative. Négative s’il ne nourrissait aucune mauvaise intention à son égard. Négative de même si tel n’était pas le cas, afin de ne pas trahir ses projets. Mais cela aurait été négliger le fait qu’il l’avait spontanément invitée à prendre connaissance de ses mémoires. Ce qui revenait à lui dévoiler ses secrets, et donc à la mettre en garde. Ce qui aurait été idiot s’il avait conçu des desseins néfastes à son endroit.

Il avait été honnête avec elle et Suyvel était persuadée qu’il le serait également dans sa réponse.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 1 Aoû 2011 - 22:21

La joute s'enclenche. Excitée par le jeu qui se précise, elle s'approche à son tour, s'empalant à mon regard avec délice. Nos visages à courte distance, je la respire, dévore ce visage aux attributs similaires. Sa peau d'ombre, ses cheveux d'argent et ce sang véhiculant le parfum de nos origines communes.

Je m'exalte de cette proximité.

Nos auras se mêlent, l'intensité de l'instant est sur le point d'atteindre son paroxysme quand un bruit de verre explose au sol. Suyvel se recule, cachant ses yeux d'une main.

Surpris par la soudaineté de cette cassure, je reste silencieux. Mon bras esquisse un mouvement en avant, désireux de saisir sa main pour délivrer son regard quand elle la baisse d'elle-même. Mes muscles se détendent, stoppés dans leur action.

Je l'observe naturellement, désormais plus préoccupé par son trouble que par notre jeu. Une imprévisible fragilité s'imprime en elle. Je la lis avec attention.

La drow me redoute, appréhende mes pouvoirs, s'effraye de ce que je pourrais faire d'elle, tremble à l'idée que je puisse l'utiliser comme je l'ai décris dans mon récit. Pourtant, je suis bien loin de Che'el, libéré de ma servitude, de mes bourreaux, je vogue en homme libre...Qu'aurais-t-elle à craindre ? Je ne transposerais pas une quelconque vengeance sur elle.

Mes traits se font sérieux. Comment traduit-elle le "danger" ? Il peut prendre tant de formes...

"Je ne te veux aucun mal, Suyvel." d'une voix posée.

Je jette un œil au verre brisé en mille morceaux gisant dans une flaque de sang clair, regarde mon interlocutrice, me saisis du pichet pour remplir à nouveau ma coupe et la déplace devant elle.
Sans doute as-t-elle besoin d'un remontant...
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 2 Aoû 2011 - 19:17

La voix de Helevorn résonna calmement aux oreilles de Suyvel. Posant les mots avec sérénité. Ce qui fit diminuer son trouble passager, mais pas encore disparaître. Se massant le front d’une main, ce fut encore sans le regarder de face qu’elle reprit la parole.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris… Après la lecture de tes mémoires, je pense que je t’imaginais presque pourchassant tous les drows de ta haine. Les femelles en particulier. »

Laissant retomber sa main, elle haussa les épaules.

« Même si cela s’était avéré, je serais bien mal placée pour t’en blâmer. »

Un soupir amer.

Helevorn remplit sa coupe avant de la lui présenter. Le geste lui tira un pâle sourire. Cela faisait deux fois aujourd’hui qu’il lui proposait son verre. À ce rythme, cela allait devenir une habitude. L’envie renouvelée d’un remontant s’alliant à l’excitation de ses papilles par anticipation, elle accepta la coupe et prit une nouvelle gorgée de vin. Lorsqu’elle baissa le verre, ses yeux croisèrent à nouveau les siens. Mais cette fois, elle ne chercha pas à le fuir. Elle se remettait progressivement de la commotion mentale causée par l’irruption de l’image de… l’autre.

« Apparemment, tu as eu le temps de prendre du recul… et la sagesse de ne pas t’enferrer dans une vendetta stérile. »

Une réflexion qui appela immédiatement une question.

« J’y pense, tous les faits que tu as relatés… se sont produits il y a combien de temps ? »

Et puis une seconde.

« Sais-tu ce qu’il est advenu de Che’el depuis lors ? »

Aidée par le vin, la curiosité reprenait ses droits sur l’esprit de Suyvel.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 2 Aoû 2011 - 21:45

Suyvel semble se détendre. Ses craintes prennent racine à l'endroit même où je le pressentais. La vengeance aveugle et sourde sur les femelles, pour ce qu'elles m'ont infligé ces années durant, pour leurs machinations infâmes, leurs mensonges, leur sadisme. Pour toute cette souffrance et ce sentiment de solitude qui m'a torturé.

Pourtant non. Ce n'est pas armé de violence que j'ai décidé de prendre ma revanche. Ce n'est pas vers la haine que je me suis tourné.

Mon regard s'assombrit un instant à ces pensées, éclairant ma mémoire sur ces décennies de vie.

"J'ai préféré aimer les femmes que les détester."

Je relève les yeux sur la drow. Un instant troublant de sincérité. Les murs de la spacieuse taverne se rapprochent imaginairement, nous recueillant dans une pièce à l'intimité feutrée. Le soleil déclinant à travers les feuillages projette à travers les fenêtres des ombres aux douces ondulations.

Combien de temps... Un nouvelle sollicitation à mes souvenirs, un nouveau regard jeté derrière le chemin parcouru. Une si longue route, pourtant je ne suis qu'au début de ma vie d'immortel...

"Il y a trois siècles, à quelques décennies près."

Che'el... Je me perds un instant dans le vague.

"La Cité perdue...non. Je n'y suis jamais retourné. Tout ce que je sais c'est que Graz'zt à obtenu ce qu'il voulait de Lloth, qu'en la soumettant il a conquis son royaume, mais qu'il ne s'est pas mit ostensiblement à sa tête.. Il est bien plus malin que cela."
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 3 Aoû 2011 - 20:16

Alors que Suyvel parlait, elle vit le regard de Helevorn se voiler. Ses yeux, qui d’ordinaire semblaient irradier une lumière qui leur était propre, se voilèrent. Suyvel comprit immédiatement. L’évocation d’un passé chargé ne se faisait pas sans douleur. Le drow, même à demi démon, n’y était pas immunisé et portait encore dans son âme les stigmates de ses jeunes années. Le fier guerrier, sûr de lui, cachait de profondes blessures, devenues cicatrices mais qu’il valait mieux ne pas gratter si on ne voulait pas les faire saigner.

C’était lors de tels moments qu’elle enviait les humains. Ils semblaient savoir instinctivement comment se comporter dans des situations de ce genre. Elle, non. Ses sœurs de race se seraient ouvertement moquées de la faiblesse passagère du drow. Suyvel avait dépassé ce stade de cruauté gratuite, mais la compassion lui restait assez étrangère. Elle fouilla dans ses souvenirs : qu’aurait fait une humaine ? Elle envisagea un instant de poser sa main sur celle de Helevorn. Il lui semblait l’avoir vu faire. Mais était-ce bien de circonstance, elle n’aurait pu l’assurer.

Elle en était là de ses hésitations lorsque Helevorn reprit la parole. Enonçant des mots qui la laissèrent sans voix.

"J'ai préféré aimer les femmes que les détester."

Un drow qui parlait d’amour n’était pas chose courante. Un démon, encore moins. Si le sentiment pouvait exister chez les elfes noirs, il n’avait pas grand chose à voir avec celui que connaissaient les humains. Et culturellement, le moins que l’on pouvait dire était qu’il n’était pas favorisé. Mais Helevorn avait dû vivre longtemps au contact des humains. Il avait pu expérimenter ces étranges sentiments. Les découvrir. Les ressentir, peut-être.

Hypothèse qui sembla se confirmer lorsqu’il précisa la date de son récit. Environ trois siècles. Il était plus âgé qu’elle. Elle l’avait subodoré sans pouvoir préciser cette pensée. Il était vrai que le passage du temps ne laissait que fort peu de traces physiques sur les elfes, une fois adultes. Seuls les plus anciens pouvaient être distingués des autres. Et dans le cas de Helevorn, sa nature démoniaque pouvait encore altérer cela. Mais cela était secondaire. Cela signifiait surtout qu’il avait vécu plus longtemps. Il avait eu le temps d’approfondir des découvertes qu’elle ne faisait encore qu’effleurer.

Le moment de rapprochement, éphémère, brisé, suivi par le doute et la douleur du souvenir, faisait place à un instant plus calme. Plus subtil. Plus vrai. Plus crucial. Moins de jeu, plus d’enjeu. Les armes étaient posées, les armures ôtées, au moins temporairement. Helevorn lui semblait parler un peu moins avec sa tête, un peu plus avec son cœur.

Son cœur…

Cette pensée lui sortit les mots de la bouche. Suivant son intuition, elle lui demanda, sur le ton de la confidence :

« As-tu connu l’amour, Helevorn ? »

Nulle trace de malice dans sa voix.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 3 Aoû 2011 - 22:41

Sa question m’aiguillonne de plein fouet.

Mes prunelles accrochent les siennes pour déceler ses intentions véritables. La question est délicate. Suyvel est dotée d'un esprit incisif et sa langue est parfois piquante.
Tandis que ses mots enfoncent consciencieusement leurs griffes dans ma poitrine, je prend le temps de la lecture.

La drow ne semble pas avoir jeté sa question dans le but d'atteindre un point sensible. Elle l'a peut être posée en toute ignorance.

Je ramène mon verre à moi, le faisant glisser contre la table. Le rosé s'y engouffre. J'avale une gorgée, pensif, puis regarde à nouveau la magicienne.

"Il y a différentes façons d'aimer... Comment le définirais-tu ?"
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 3 Aoû 2011 - 23:44

La question sembla prendre Helevorn au dépourvu. Il accusa légèrement le coup qui n’en était pourtant pas un. Et à voir la façon dont il prit une gorgée de vin, c’était son tour de sentir la nécessité d’un remontant.

Il réfléchit, pour finir par répondre par une nuance… et par une question en retour. Différentes façons d’aimer ? En connaissait-elle seulement une ?
Suyvel ouvrit la bouche pour répondre… et les mots ne venant pas, finit par la refermer. La rouvrit. La referma encore sans un son.

Elle secoua la tête et leva les mains en signe d’impuissance.
Ce fut finalement sur un ton proche de la panique qu’elle parvint à articuler :

« Je ne sais pas… »

Puis, en désespoir de cause :

« Je dirais… comme les humains qui peuvent s’attacher à une seule personne pour toute leur existence, aussi brève soit-elle. »

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 4 Aoû 2011 - 20:34

La réponse de Suyvel me tire un sourire. Elle non plus ne connais pas "l'Amour". Elle en a peut être même exploré moins que moi à ce sujet.

Une pique à ma curiosité. Quel est son rapport aux hommes ? Les considère t-elle avec autant de mépris que la plupart des femelles drow ? Son comportement à mon égard me laisse penser que non. Nous discutons d'égal à égal, dans le jeu et la découverte de l'autre. Nulle trace de dédain ou de soif de domination psychologique.
Un comportement peut-être dû à sa vie auprès des humains qui semblent lui avoir tant apporté... Probablement un travail sur elle-même... Ou autre chose.

Sa définition, bien qu'imbibée de naïveté, est le reflet parfait de l'idéal humain. Peu respecté en réalité, il est source de nombre de maux au sein de leur société même si les communautés humaines encadrées par la religion s'évertuent à afficher fièrement le modèle de la réussite familiale.

Le sujet dans lequel nous nous engouffrons s'annonce épineux mais les quelques questions qui me viennent me chatouillent trop la langue. En la questionnant, je sais qu'elle le fera en retour. Le goût éléctrisant du risque.

Une douce décharge d'énergie roule le long de ma nuque en prélude à l'exaltante conversation qui s'engage. Le pieds de la coupe roule entre mon pouce et mon index en un jeu de lents allers et retours. Mon regard d’émeraude clair s'installe dans le siens.

"Es-tu déjà tombée amoureuse Suyvel ?"
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 5 Aoû 2011 - 15:44

La question plongea Suyvel dans une véritable introspection. Du moins, elle l’aurait fait si une intuition n’avait pas attiré son attention. Cela avait tenu à presque rien. Quelque chose d’imperceptible dans l’attitude de Helevorn. Dans son sourire. Dans sa façon de jouer avec son verre de vin. Dans le regard qu’il lui adressait.

Ce fut alors qu’une pensée traversa l’esprit de Suyvel. Cette question… c’était celle qu’elle lui avait posée. Reformulée, mais identique. Il s’était contenté de présenter une nuance en guise de réponse, assortie d’une question, et maintenant il lui retournait carrément la sienne. Sans avoir répondu. Il s’y entendait en détournement de conversation. Mais cela ne pouvait satisfaire la magicienne.

Le simple fait qu’il esquivât la question décupla la curiosité de Suyvel. Etait-ce une simple esquive pour jouer ? La faire bouillir, mettre ses nerfs à l’épreuve ? Elle en doutait. La première réaction du guerrier à sa question avait été éloquente. Et puis c’était lui qui avait parlé d’aimer. La question de Suyvel n’avait été qu’une conséquence logique de ses mots à lui. Il y avait manifestement matière à réponse… mais quoi au juste ?

Suyvel ne tenait plus d’impatience. Elle voulait entendre ce que le drow avait à dire, maintenant. Elle se pencha légèrement et plaça ses coudes sur la table, les bras levés, tout en croisant les doigts. Son menton vint reposer sur le dos de ses mains, ses paumes tournées vers la table. Ses yeux s’étrécirent. Un fin sourire s’envola à la commissure de ses lèvres. Son ton se fit mutin.

« Une excellente question, Helevorn. Et il me semble bien l’avoir posée la première… »

Une flamme pourpre embrasait son œil. Elle guettait sa réponse avec une attention dévorante.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 5 Aoû 2011 - 16:38

Une friction. Légère et subtile. Suyvel me renvoi à nouveau la balle. Ce petit jeu pourrait nous tenir des heures, connaissant mon obstination et pressentant de la sienne.

Je décide de trancher net.

"Pas au sens où tu l'entends."

Faisant référence à sa définition.
Ne la laissant pas savourer ma réponse ni même le temps d'ajouter quelque chose :

"Et toi ?"

Un petit sourire aux coins des lèvres, posant ma mâchoire au creux de ma main libre, coude sur la table, me rapprochant de son visage. Un semi mime un brin provocateur.
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 6 Aoû 2011 - 13:07

Une réponse négative tomba. Une réponse brève, qui apportait plus d’interrogations que d’informations. Frustrante. Suyvel ne put retenir une moue de déception. Déçue que Helevorn ne semblât pas plus avancé qu’elle en matière de découverte de sentiments. Déçue qu’il n’eût pas l’air décidé à se découvrir davantage.

Lorsqu’il lui retourna la question pour la seconde fois, elle se renfonça dans sa chaise, fouillant dans sa mémoire, examinant les différentes rencontres qu’elle avait pu faire, les évaluant à la lumière de son expérience actuelle en matière de sentiments. Les souvenirs remontaient dans son esprit comme des bulles d’air, marquant la surface de l’eau d’une onde circulaire. De fines ridules. Aucune qui parut digne d’un intérêt particulier. Elle hésita.

« Je ne sais pas… Je ne crois pas… »

Un souvenir plus profond semblait vouloir refaire surface. Une bulle plus conséquente. En même temps, quelque chose lui murmurait à l’oreille que ce n’était pas une bonne idée que de laisser ressurgir ce souvenir-là. Elle marqua un silence. Elle essaya de tenir la bulle sous la surface de sa conscience.

La tentative sembla fonctionner quelques instants, puis le souvenir s’imposa. La bulle remonta et éclata. L’onde qu’elle soulevait la captiva. Les images affluèrent dans son esprit.

« Une fois, peut-être… C’était il y a longtemps, loin de la Terre des Eléments… Je venais de quitter Menzoberranzan. J’ai fait… une rencontre… totalement imprévue. J’étais bien jeune, et totalement ignorante des sentiments humains. »

Elle secoua la tête.

« Je n’étais pas prête pour cela. »

Le souvenir enfla dans son esprit. L’onde se fit vague. Suyvel tenta de garder pied, mais elle fut emportée, loin de la taverne des Constellations, loin de Melrath Zorac.

L’eau…

Une rivière au cours paisible. Une modeste maison sur la rive. Un court ponton de bois. Elle, assise sur le ponton, effleurant la surface de l’onde de la pointe de ses pieds nus. La rivière, de nouveau. Une barque. Dessus, un homme. Un homme qui la regardait. Qui lui souriait.

Suyvel plongea dans l’abîme du passé. Perdue dans ce souvenir. Dans sa rêverie, elle ne remarqua pas ce que faisait sa main droite. Posée sur la table de la taverne, son index dessinait lentement des traits, des courbes, des boucles. Des caractères en elfique noir. Des lettres qui formaient des mots. Des mots qui composaient une phrase. Une phrase qui faisait sens.

Repose en paix.



Dernière édition par Suyvel le Dim 7 Aoû 2011 - 13:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 6 Aoû 2011 - 23:46

Le sujet la trouble visiblement autant que moi. Une chaleur réconfortante naît dans ma poitrine. Je ne suis pas seul à ignorer ce qu'est véritablement l'Amour. Je ne suis pas le seul à tâtonner dans l'obscurité d'un concept si difficile a cerner, à toucher, à saisir, et à vivre...

Ma nature démoniaque n'est donc pas réellement la cause de ce qui m'entrave. Les elfes noirs font partis d'une race trop gangrénée par les querelles intestines, la suspicion, la paranoïa, l'assassinat pour que puisse s'épanouir et perdurer une pensée si idyllique. Pourtant, la contenance de Suyvel s'ébrèche, elle se perd dans des souvenirs douloureux, quelque chose de manqué peut-être...un regret...?

Ses doigts caressent la matière tandis que son esprit vogue sur les flots anciens de sa mémoire. Elle dessine des mots inconsciemment. Des mots dans notre langue. Je la lis en silence. Elle l'écrit et le réécrit mécaniquement, sa main comme portée par quelqu'un d'autre. Un instant de semi-conscience hors du temps, hors du présent.

Repose en paix.

Un être cher perdu... Mes sourcils se soulèvent. Elle souffre d'une disparition... Je sais tellement ce que cela fait...
Ma main chaude se pose sur la sienne, arrêtant son écriture systématique. Elle lève ses yeux subitement sur moi comme réveillée à la réalité.

D'une voix calme.

"Ol tlu wun xukuth's."

Quelques mots simples n’appelant aucune confession.


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