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 Ecrits et cris

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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 7 Aoû 2011 - 20:24

Suyvel arpentait les couloirs de sa mémoire, revivant pleinement ce souvenir. Toujours sur le ponton, elle se voyait placer les mains autour de sa bouche, en porte-voix, pour se faire entendre de l’homme debout dans la barque, au milieu de la rivière. Mais elle n’entendait que des fragment de mots. Que disait-elle donc ? Elle ne se rappelait plus. Comme elle se voyait s’époumoner à répéter la même phrase, elle voulut tendre l’oreille pour mieux discerner les mots. Se rappeler.

Mais au même instant, elle se sentit comme… happée en arrière. D’abord, elle voulut résister, continuer à dévider la bobine de fil de ses souvenirs. Mais l’appel était insistant. Du genre que l’on ne peut ignorer. Elle finit par l’identifier : un appel de ses sens. Par-delà l’espace et le temps, son corps lui adressait un signal tangible. Un contact physique.

Et elle fut de nouveau à la taverne du Domaine des Constellations. Assise. Complètement désorientée, elle leva les yeux sur un Helevorn calme qui la regardait fixement. D’un regard différent. Elle y lisait désormais… quoi donc ? Elle n’aurait su le dire. Une lumière qui n’y était pas jusque là, qui semblait posséder une signification… Mais elle butait sur le mot. Elle baissa les yeux sur sa main droite, pour voir qu’elle avait disparu sous celle de Helevorn. C’était donc cela qui avait mis fin à son introspection. Distraitement, elle songea qu’il avait accompli le geste qu’elle avait hésité à faire vers lui un peu plus tôt.

La profondeur de son regard. Le contact de sa peau. Et maintenant le calme de sa voix.

Il prononçait des mots dans leur langue natale. Ceux-ci mirent un peu de temps à s’imposer dans l’esprit encore embrumé de Suyvel. Enfin, ils prirent leur sens. Lentement, elle hocha la tête. Peut-être. Certainement, même. Il devait avoir raison… mais c’était difficile d’y voir clair. Cela remontait à des décennies… Puis avec le souvenir revint la douleur. Celle de la perte. Celle de l’absence. Suyvel sentit sa gorge se nouer, son cœur se serrer. Fermant les yeux, elle se morigéna de ne pas avoir réussi à étouffer ce souvenir… sans se convaincre elle-même qu’elle avait eu tort de le laisser ressurgir.

La souffrance n’en était pas moins vive. Elle songea que continuer à ressasser cette période de sa vie ne l’aiderait pas à s’en débarrasser. Elle avait besoin de détourner son attention sur un autre sujet. Plutôt que de laisser la mélancolie la mettre à mal, satisfaire sa curiosité. Elle parvint à reporter suffisamment son attention sur Helevorn pour qu’une question lui vienne. En espérant que cela suffirait à recentrer son esprit.

« Tu m’as dit que tu n’avais pas connu l’amour, pas selon la définition que je t’en ai donnée… En connais-tu d’autres ? As-tu vécu quelque chose de… différent ? »

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Helevorn
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 8 Aoû 2011 - 21:04

Le retour au réel est brumeux et c'est avec une souffrance à peine dissimulée qu'elle referme les paupières, perdue dans le labyrinthe des sensations, des sentiments qu'elle a put éprouver. Retrouver le goût intact des ressentis est impossible. Les êtres les plus chers s'éloignent peu à peu de notre mémoire. Leurs visages deviennent flous, le son de leurs voix tant chérie se dissipe, le souvenir de leur odeur s'évanouit...

Le temps porte l'oubli mais ne nous épargne pas la douloureuse sensation de l'abandon, du remords ou des regrets...

Confondu à mon tour dans mes pensées, le regard perdu loin d'ici, je pousse un profond soupir comme pour refouler d'aigres réminiscences.

Suyvel m'adresse la parole. Je reviens à moi. Une légère tension musculaire dans mon bras court jusqu'à ma main provoquant une douce pression sur celle de la drow. Mes yeux se posent sur ces dernières. Elle ne l'a pas retirée. Je regarde Suyvel, tentant de me concentrer sur la question qu'elle m'a posée.

Je prend un instant de réflexion avant de reposer mes yeux sur nos mains.

"J'ai connu l'attachement, les sentiments forts...mais je n'ai encore jamais atteins ce qui me pousserait à l'exclusivité...Cela arrivera peut-être...ou jamais."

Un nouveau soupir. Ma main s'éloigne pour saisir la coupe et la porter à mes lèvres. J'aimerais m'enivrer pour rendre cette soirée plus légère mais ce vin ne saurait m'y mener.
Mon dos rencontre le dossier du siège. L'air ambiant est épais et lourd. J'agite un pan de ma chemise près du col pour me rafraichir. Un regard circulaire dans la salle avant de revenir à la magicienne.

"Je vais m'aérer dehors, si tu veux m'accompagner..."
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 9 Aoû 2011 - 19:28

Lorsque Suyvel adressa la parole à Helevorn, celui-ci semblait perdu dans ses pensées. Probablement autant qu’elle avait dû l’être elle-même une minute auparavant. Le sujet qui les tenaient depuis un bon moment maintenant était certes propice aux souvenirs. Le drow n’y échappait pas. Le son de la voix de Suyvel le ramena à leur conversation, provoquant au passage chez lui une contraction de son bras. La magicienne en ressentit une légère pression sur sa main, mais ne la retira pas. Le contact physique ainsi établi entre eux les aiderait l’un comme l’autre à s’ancrer dans la réalité et à ne pas se perdre dans les méandres du passé. Cette navigation-là, si elle était physiquement sans danger, présentait certains périls et pièges. Helevorn semblait partager son point de vue sur l’importance de ce repère sensoriel, comme en attestait son regard qui passait et repassait sur leurs deux mains.

Sa réponse suscita l’intérêt de Suyvel. L’attachement, les sentiments forts… le peu qu’il en disait lui laissait penser qu’il semblait approcher de ce qu’elle-même recherchait : ces puissantes, exaltantes émotions humaines. Dans le même temps, ses mots sonnaient comme un échec, ou au moins recelaient un goût d’inachevé. J’ai connu… L’emploi du passé révélait une fin. Une rupture. Helevorn répondait ainsi indirectement à une question qu’elle s’était posée mais n’avait pas encore formulée. Son cœur était présentement seul.

Un soupir, puis la main de Helevorn quitta la sienne pour se saisir de la coupe de vin. Il y but une nouvelle fois mais l’insatisfaction qu’elle lut sur son visage lui disait le peu de réconfort qu’il en tirait. Ce fut alors qu’il lui proposa de le suivre à l’extérieur de la taverne, prendre l’air. Suyvel s’interrogea un instant, repensant au malaise qui l’avait conduite jusqu’ici… et découvrit qu’il s’était dissipé. La conversation n’avait pourtant pas été des plus faciles mais Suyvel se sentait maintenant un peu plus légère. Et le vin avait dû contribuer à ce mieux bienvenu. Alors elle acquiesça. Elle n’y avait guère prêté attention mais la journée avait été chaude et l’idée de s’aérer un peu la tentait également. Ils sortirent donc tous deux, Suyvel emboîtant le pas de son hôte.

La journée avançait à grands pas, annonçant une soirée plus respirable. Suyvel accueillit la brise du soir avec plaisir. La fraîcheur espérée était encore faible, mais prometteuse. Et chargée d’effluves odorantes qui chatouillèrent agréablement ses narines. Différentes essences de bois. Les fleurs d’été. Et la senteur enivrante des roses. Suyvel en avait aperçu plusieurs pieds en fleurs, en arrivant sur le Domaine. Des merveilles comme celles-là lui étaient longtemps demeurées inconnues, dans le royaume souterrain où vivaient les drows. Le monde de la surface était tellement plus riche de sensations.

Oubliant un instant son compagnon, Suyvel s’arrêta. Fermant les yeux, elle pencha légèrement la tête en arrière et huma en profondeur ce subtil bouquet d’été. Un sourire de plaisir accroché aux lèvres.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 10 Aoû 2011 - 20:05

L'air est doux. Un ciel mordoré entoure le Domaine de nuages cotonneux, étirés en longues trainées vers le couchant.
Le calme ambiant à peine perturbé par le bruissement des feuillages dans la brise nous enveloppe d'un réconfort plaisant.

Suyvel marche à ma suite. Ses pas légers s'arrêtent. Je tourne la tête. La drow a fermé les yeux et inspire sereinement les odeurs d'une journée chaude qui se mélangent.
La senteur du bois à proximité, de la pierre tiédie par le soleil, le parfum des quelques fleurs mêlés à la poussière du sol qui volte avec légèreté sous nos semelles.

Une magnifique journée qui s'achève pour laisser place à une nuit que je chérie. J'espère qu'elle portera des fruits délicieux à la suite de sa sœur lumineuse.

J'observe la magicienne en plein moment de délectation. Elle a penché sa tête en arrière, offrant sa gorge nue. Sa peau d'un gris de velours m'inspire une savoureuse morsure. Je lève les yeux sur son visage. Ses traits, sa beauté purement elfique noire agrippe ma mémoire et me projette en arrière. Aunrae... La seule femelle de ma race ayant partagé une nuit avec moi. Depuis elle, plus aucune drow n'a échangé davantage que quelques mots en ma compagnie.
L'évitement systématique pour ne pas me confronter à un passé que j'ai voulu repousser dans les tréfonds de mes souvenirs. Enterrer.

Elle rouvre les yeux sur les miens. J'esquisse un sourire, balayant ce rappel d'un autre temps.

"Grisée par tes sens ?"
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 11 Aoû 2011 - 11:51

Adonide. Bruyère. Hélianthe. Marjolaine. Safran.
Toutes ces senteurs, composant un bouquet subtil et complexe, véritable symphonie olfactive. La richesse de la flore et de ses parfums, dans le monde de la surface, flattait ses narines et l’impressionnait toujours. Voilà bien une chose dont elle n’avait plus envie de se passer désormais. Elle n’était pas devenue herboriste par hasard.
Amarante. Digitale. Hellébore. Jacinthe. Saponaire.
Toutes ces espèces. Toutes ces variétés. À tel point que les humains avaient créé un langage à partir des fleurs, pour exprimer leurs sentiments… aussi riches et variés que ces trésors de la nature. Etaient-ce les fleurs qui avaient rendu les humains si aptes aux sentiments ? Suyvel était parfois tentée de le croire.

Elle se rappela qu’elle n’était pas seule et tourna la tête vers Helevorn. Celui-ci la fixait d’un regard étrange. On aurait dit qu’il la regardait sans la voir vraiment. Suyvel s’interrogeait sur le sens de la chose, lorsqu’un souvenir récent lui revint en mémoire. Elle lui avait vu de tels yeux il y avait quelques minutes à peine. Alors qu’il semblait plongé dans ses souvenirs.
Elle hésitait sur le bien-fondé de le rappeler au moment présent lorsque Helevorn parut s’animer. Un sourire apparut sur ses lèvres.

"Grisée par tes sens ?"

Elle lui sourit en retour. Enchantée. L’œil étincelant.

« Oh oui. Ces terres recèlent des merveilles, surtout en cette saison… Des trésors dont tous peuvent pleinement profiter…»

Une pensée vint assombrir ce tableau idyllique. Funeste voile sur son bonheur fugace. Son regard se détacha des yeux couleur émeraude.

« … du moins, tant que les orques n’auront pas tout brûlé. »

Dur retour à la réalité. À la menace qui pesait sur ces terres. Le visage de Suyvel se figea en un masque de marbre. Aussi dur, aussi froid. Penser aux orques faisait ressurgir d’âpres souvenirs. Le son des tambours de guerre… les batailles… les inévitables pertes.

« Je les ai trop souvent vus à l’œuvre… » fit-elle d’une voix sourde, le regard dans le vide.
« Rien que de penser à ce qu’ils pourraient faire à ces terres me rend malade. »

Une rage froide la tenaillait maintenant.

« Puisse la colère d’Eolia balayer cette engeance abjecte ! »

Sa voix n’était plus que mépris et dégoût. Puis elle sembla restaurer quelque peu son calme. Son regard chercha de nouveau celui de Helevorn.

« Je divague. Je ne voulais pas… »

Elle fit un geste de la main comme pour chasser un insecte. Ou écarter une pensée indésirable. Une pensée qui venait de gâcher un beau moment. Elle s’en voulut pour cela.

Suyvel reprit sa marche interrompue, sans trop se soucier d’une destination. Juste pour s’éloigner de cet endroit, ou de la vision qui y était née.

« Allons ailleurs. »

D’un ton morose. D’une morne démarche. D’un œil éteint.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 11 Aoû 2011 - 16:23

Suyvel se referme et s'assombrit aussi rapidement qu'elle s'est ouverte dans sa contemplation sensorielle. Le responsable de cet emmurement soudain ne tarde pas à être révélé : Les Orcs.

Un rappel sur sa position vis à vis de Triviak. Sur ses engagements auprès de Melrath et ses concitoyens.

Suyvel est une femme "bien" selon les critères humains. Elle se préoccupe de la beauté du monde, tout comme de la paix qui y règne, menacée aujourd'hui par les plans obscurs d'un sorcier à l'aura des plus inquiétante.
Comment adopter une autre position que celle-ci ? Qui voudrait voir réduit en cendres les forêts, souillé les rivières et les lacs, rasé les cités ? Personne ayant un minimum de bon sens. Évidemment.
Pourtant le choix des Constellations s'est porté en faveur de ces bêtes imbéciles servant servilement les plans nébuleux de l'Orc-sorcier.

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, pourtant je ne désire pas entrer dans un débat qui s'avérerait houleux. Pas maintenant alors que nous sommes sur le point de rencontrer Triviak pour le faire parler, pour connaître ses desseins et pouvoir prendre une position en connaissance de cause.

J'ai envie de lui dire que je ne veux pas non plus voir réduit à néant tout ce qu'il y a de délicieux en ce monde et l'assurer que ça n'arrivera pas, mais elle stoppe ses digressions avant de m'en avoir laissé le temps.

Elle presse le pas m'enjoignant plus que me proposant de nous rendre ailleurs.

Je l'observe sans bouger et sans rien ajouter avant de revenir à sa hauteur. La drow semble égarée et son œil étincelant de vie une minute auparavant a perdu tout éclat. Je l'entraîne au fond du bois dans un petit endroit calme où repose quelques rochers moussus et une souche de hêtre. La lumière déclinant à travers les feuillages projette une lueur douce parsemée d'ombres dansant tranquillement au sol. Le parfum de vert tendre et d'écorce friable remonte à nos narines. Le doux craquement des brindilles, le bruissement des fougères et la caresse du vent à nos oreilles. Une si prometteuse soirée...

Ma paume rencontre le tapis moussu de la roche sur laquelle je m'assois. Ma compagne fais de même, se plaçant à ma droite, le visage toujours aussi morne.

Mes doigts s'approchent d'une mèche de cheveux s'étant glissé contre ses cils et la déplacent derrière son oreille. Mon geste capte son attention, elle accroche mon regard. Je lui souris presque tendrement et m'adresse à elle d'une voix rassurante.

"Nous ne perdrons pas ce dont nous avons rêvé." faisant référence à ces sensations sur la surface, inexistantes dans les profondeurs.
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 12 Aoû 2011 - 1:07

Perdue dans ses pensées maussades, Suyvel avançait sans savoir où elle allait. C’était tout juste si elle avait remarqué le retour de Helevorn à son côté, et même le suivre s’avérait compliqué. Le drow dut plusieurs fois revenir vers elle et l’inviter à changer de direction pour finalement la mener dans un endroit qu’il devait connaître… et apprécier.

Helevorn s’assit sur un rocher plat et couvert de mousse, et elle l’imita sans y penser, toujours absorbée par ses idées chagrines. Elle songeait à ses tentatives récentes pour percer les mystères de l’avenir.

Suyvel était novice en la matière, mais la magie divinatoire constituait une branche de la magie blanche. En tant que magicienne, la drow avait donc accès à cette forme de magie, mais elle ne s’y était intéressée que récemment. Lorsque la menace orque était devenue tangible, en fait. Jusqu’alors, elle ne s’était guère préoccupée de l’avenir, déjà fort occupée qu’elle était à gérer un présent bien chargé. Puis la rumeur d’une grande armée orque aux portes de ces terres avait circulé… et Suyvel avait commencé de s’inquiéter du futur de Melrath Zorac. Se demandant, pour commencer, s’il y en aurait un. Ce n’était pas le spectacle navrant des humains divisés, se déchirant mutuellement pour tuer ou protéger le sorcier Triviak qui aurait pu la rassurer.
Elle s’était donc plongée dans une discipline qu’elle avait royalement snobée jusqu’ici, compulsant maints ouvrages sur la magie divinatoire. Elle en avait acquis les rudiments et quelques rituels basiques, qu’elle avait déjà menés. À plusieurs reprises. Non pas qu’ils eussent échoué : simplement, les résultats ne l’avaient pas satisfaite. Puis elle s’était dit qu’elle se trompait peut-être dans l’interprétation. Elle avait alors cherché de la documentation complémentaire, qui n’avait fait que confirmer les résultats obtenus.

Les auspices étaient mauvais.

Tous, sans exception.

Alors lorsque les co-régentes fraîchement élues avaient lancé leur appel pour la défense de ces terres, c’était mue par un sentiment d’urgence, et presque alarmée, qu’elle y avait répondu favorablement, sans attendre. Sans cela, elle aurait sans doute tergiversé un moment, mais elle aurait probablement rejoint les rangs de la Melrathitude quand même. L’armée orque représentait une menace trop sérieuse pour être traitée sans un minimum de coordination des défenseurs.

Ce fut alors qu’un geste à la périphérie de son champ visuel attira son attention, rompant le fil de ses mornes cogitations. Helevorn replaçait une mèche derrière son oreille. Elle l’interrogea du regard, peu habituée à ce genre de gestes. Il lui sourit, mais pas du sourire vaguement prédateur qu’il affectionnait habituellement. Lorsqu’il rompit le silence, sa voix aussi sonnait différemment.

"Nous ne perdrons pas ce dont nous avons rêvé."

Si seulement cela pouvait être… Si seulement elle pouvait le croire…
Mais les drows formaient une race trop pragmatique pour cela. Cette affirmation pleine d’une candeur rafraîchissante tira à Suyvel un sourire amusé.

« Ai-je l’air si naïve ? Ou bien me prendrais-tu pour une gamine ? »

Helevorn prit un air sérieux et vaguement offensé, levant une main en guise de protestation, et dissimulant mal son amusement. Ce qui ne fit qu’accroître celui de Suyvel. Ainsi que la sensation que le drow se moquait vaguement d’elle.

« Smel’vyorm ! (1) Et garde tes doigts chez toi ! Lorsque l’on est aussi mal coiffé, on ne se permet pas de s’occuper de la chevelure des autres ! » s’exclama-t-elle en riant franchement cette fois.

Pour appuyer ses paroles, elle le gratifia d’une tape sur la main. Il protesta mais Suyvel ne l’écoutait déjà plus. Pas plus qu’elle ne le regardait. Elle fixait sa chevelure.

« Tu as une belle crinière, en fait. C’est vraiment dommage de ne pas la mettre en valeur. On croirait voir un Mon’kaï… » (2)

Helevorn comprit ce qu’elle avait en tête et voulut l’en dissuader tout de suite.

Deux minutes plus tard, assis les bras croisés et maugréant quelques mots inintelligibles, il attendait que Suyvel eût fini son ouvrage. Passée derrière lui, elle avait plongé ses mains dans les fils d’argent de sa toison et réfléchissait à ce qu’elle pourrait en faire. Une réflexion qui la ramena loin en arrière.

Dans sa prime jeunesse, Suyvel avait été très concernée par la coiffure de ses proches. Elle débordait d’idées et surtout elle tenait à les mettre elle-même en application, ce qui n’allait pas toujours sans problème. Ses sœurs, plus âgées qu’elle, lui permettaient parfois d’expérimenter, mais la repoussaient vertement la plupart du temps. Elle s’était alors rabattue sur ses frères et avait découvert qu’ils se laissaient plus facilement faire. À cette époque, encore très ignorante des rapports entre individus, elle avait pensé que ses frères étaient plus gentils que ses sœurs.
Plus tard, elle avait compris que, toute gamine qu’elle avait été, elle n’en demeurait pas moins une fille, et que ses frères n’avaient pas grand chose à lui refuser. Ils étaient éduqués en ce sens. Ils étaient bons pour lui passer tous ses caprices.
Suyvel avait donc suivi les modes en matière de coiffure et acquis un tour de main assuré. Cela remontait à près d’un siècle mais aujourd’hui encore, ses doigts agiles couraient dans les cheveux de son volontaire désigné d’office, les rassemblant en un large panache, leur imprimant un mouvement, dégageant les oreilles, tressant des nattes, nouant les mèches.

Lorsqu’elle fut satisfaite du résultat, elle se recula pour avoir une vue d'ensemble.

« Voilà. Là, tu ressembles à un guerrier drow, à un être civilisé… »

Soudain, elle éprouva un manque cruel. Elle n’avait pas de miroir sous la main pour que Helevorn puisse admirer le résultat. Elle insista donc pour qu’ils retournent sans délai au Domaine. Ne tenant plus en place, elle finit par lui saisir le poignet et l’entraîner dans son sillage.

-----------------------------------------------------------
(1) Balourd.
(2) Littéralement : humain. Ici, dans le sens barbare, presque animal.
Les drows n’ont en général aucune estime pour la race humaine, qu’ils ne considèrent pas comme civilisée.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 12 Aoû 2011 - 14:58

L'étincelle perdue dans ses yeux réapparait soudainement. Elle centre son regard sur ma chevelure, l'examinant avec le désir pressant de les toucher tel une enfant excitée par l'idée de poser ses mains sur l'interdit.

"Suyvel !" d'un ton ferme.

Je n’ai pas le temps de l'arrêter qu'elle glisse déjà ses doigts dans ma chevelure.

"Suyvel..." blasé.

S'il s'était agit d'une simple caresse, j'aurais sans doute apprécié ses gestes mais ce qui courre à une vitesse folle dans sa tête me hérisse le poil. Satanée femelle ! Elle me fait un caprice. Je soupire, sachant pertinemment qu'elle ira jusqu'au bout et qu'il vaut mieux la laisser faire plutôt que la vexer.

Un humain, moi ? Tout simplement parce que j'ai les cheveux lâchés ?! Je ressasse ses petites moqueries les bras croisés sur la poitrine, grommelant mon agacement en une suite de mots incompréhensibles.

Je ne réponds assurément pas au style traditionnel drow qu'elle semble affectionner. Je n'ai été qu'un esclave durant vingt ans. Aucune mère, aucune sœur, ni aucune compagne pour s'occuper de moi d'aucune manière. Juste des bourreaux. J'avais à l'époque bien d'autres préoccupations que la mode. Je devais survivre.
Je n'ai jamais été au fait de ces choses. J'ai pu seulement les observer de loin les rares fois où je n'étais pas exploité dans les mines d'adamantite ou emprisonné, et je n'y ai prêté que peu d'attention.

Elle tire, tresse, rabat, lisse mes cheveux avec dextérité. Son assurance me rassure quelque peu quant au résultat même si je doute supporter une coiffure si sophistiquée très longtemps.

Ses doigts s'éloignent enfin de mon crâne. Je distingue deux longues tresses descendre contre mes épaules. Elle me contourne et contemple son œuvre visiblement ravie.

Un guerrier drow...un être civilisé...

Que signifie "être civilisé" chez ceux de notre race ? Répondre aux codes drow a travers une coiffure fait-il de moi ce qu'on m'a toujours refusé ? Un statut de mâle elfe noir à part entière, fils de la Grande-Prêtresse de Che'el. J'aurais dû être respecté pour cela. Au lieu de quoi j'ai toujours été traité comme un chien.

Mon regard s'assombrit mais Suyvel ne le remarque pas, trop heureuse qu'elle est d'avoir réussi ce qu'elle voulait. Elle s'empare de mon poignet et m'entraîne au pas de course vers le Domaine. Elle exige qu'on constate ses talents et me le fait bien comprendre. Je la suis, un peu dépassé par son enthousiasme.

Elle demande un miroir. Où y-a-t-il un miroir ? Je ne vois pas d'autre endroit que ma chambre. Je rechigne d'y aller juste pour ça mais je crains qu'elle m'arrache le bras si nous n'y montons pas rapidement.

Nous entrons. Je m'avance jusqu'au psyché, rencontrant un visage inconnu. J'effleure la structure de la coiffure, m'approche du miroir, l'examine sous tous les angles, décontenancé. Je n'arrive pas à me décider.

Derrière moi, la drow attend mon jugement de pieds ferme.

Je l'observe dans le reflet.

"J'ignore si ça me va, mais c'est bien fait. Je serais incapable de le refaire." lui faisant comprendre qu'elle ne me verra qu'une fois coiffé de la sorte, a moins qu'elle vienne s'occuper de moi tous les matins ce qui n'est pas près d'arriver.

Je lui fais face, un sourire railleur aux lèvres, une main posée sur ma hanche.

"Quelle est la prochaine étape maintenant ? Le rhabillage ?"
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 15 Aoû 2011 - 0:41

Helevorn se faisait un peu tirer l’oreille – en plus du bras – mais il finit par emmener Suyvel dans un bâtiment qu’elle ne connaissait pas encore. Là, après avoir parcouru quelques couloirs, ils entrèrent dans une pièce, pourvue d’un grand miroir sur pied. Un simple miroir à main aurait suffi à son bonheur, c’était dire le ravissement qu’elle éprouva à la vue de la psyché.

Elle laissa le guerrier s’avancer devant, guettant la moindre de ses réactions. La plus évidente était son étonnement. Il paraissait franchement désorienté par la vision de sa nouvelle coiffure, ce qui étonna Suyvel. Il était drow, tout de même.

Le passé de Helevorn lui revint en mémoire avec la soudaineté d’une gifle.

Evidemment !

Lorsque l’on avait passé son existence dans les mines ou les cachots, on ne se souciait guère de coiffure ou de mode. On avait à l’esprit des questions un peu plus importantes, un peu moins superficielles. Du coup, Suyvel se demanda si elle avait eu une si bonne idée que cela. Cela revenait à le confronter à son passé, et surtout lui rappeler à quel point il avait été dépouillé de tout. Y compris des petits plaisirs simples. Une jolie coiffure. De beaux vêtements. Tous ces petits riens.

Suyvel ne souhaitait à personne de connaître le destin qui avait été le sien, mais elle n’enviait en rien celui du drow. Elle portait peu d’estime à son propre peuple, qu’elle avait fui… mais elle avait gardé au fond d’elle quelques souvenirs agréables malgré tout. Et Helevorn, que lui restait-il aujourd’hui de sa jeunesse pour lui réchauffer le cœur ?

Elle croisa le regard de son hôte dans le miroir, qui cherchait le sien.

"J'ignore si ça me va, mais c'est bien fait. Je serais incapable de le refaire."

Sa réponse confirmait ce qu’elle avait déjà compris : il serait bien en peine de porter un jugement éclairé sur un sujet qu’il ne connaissait tout simplement pas.
Passant derrière lui, Suyvel se hissa sur la pointe des pieds, de façon à pouvoir le regarder dans le miroir par dessus son épaule. Sa main droite vint se poser sur son bras alors qu’elle lui soufflait à l’oreille :

« Oui, tu la portes très bien. »

Une déclaration appuyée par un regard sincère.

« Helevorn… Je ne sais si cela t’intéressera, et je ne suis pas la personne la plus à même de faire cela… mais si tu veux en apprendre un peu plus sur notre peuple… si tu souhaites découvrir les rares bons côtés de notre civilisation… je suis prête à partager avec toi les quelques heureux souvenirs que j’en garde. »

Un simple murmure. Presque un secret.

Elle se recula, laissant Helevorn s’abîmer dans la réflexion et la contemplation de sa coiffure. Suyvel porta alors pour la première fois son attention sur la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Une chambre. Celle du drow, fort probablement. Une chambre étant généralement un lieu hautement personnel, elle sentit une grosse bouffée de curiosité monter en elle et lui échauffer les sens. Elle commença de détailler les lieux.

Helevorn finit par se détourner du miroir et lui fit face.

"Quelle est la prochaine étape maintenant ? Le rhabillage ?"

Il semblait avoir recouvré son assurance et son mordant caractéristique. Ses paroles sonnaient comme un défi aux oreilles de Suyvel. Il ne la prenait pas au sérieux ?
Elle plissa les yeux, examinant sa tenue en détail. Concentrée.

Les secondes s’écoulèrent en silence.

Le verdict tomba.

« Enlève ces affreux oripeaux. »

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 15 Aoû 2011 - 15:27

Un souffle chaud contre ma nuque. Suyvel est ont-ne-peut-plus satisfaite de son ouvrage.
Bien ignorant de la mode drow je me résous à lui faire confiance et la remercie d'un sourire. La proposition qu'elle me fait ensuite me surprend quelque peu.

Me parler des bons côtés de notre peuple ?!

Les mots associés "bons côtés" et "notre peuple" résonnent terriblement faux à mes oreilles. Comme un mensonge. Dans le reflet de la glace, j'imprime un regard sérieux au siens.

Une vague ancestrale de rancœur monte alors en moi et une réplique acide assaille chaque papille de ma langue.

Les bons côtés pour les femelles, oui ! Croit-elle vraiment que j'ai envie de connaître les aspects agréables dont seul le genre féminin peut espérer profiter ?

Me rendant compte que mes pensées sont imprégnées de souffrance, je les repousse aussi rapidement qu'elles ont surgit. Ma compagne n'est pas mauvaise comme elles ont put l'être. Toute rancune à son encontre est inutile. Cette proposition part d'un bon sentiment, il se pourrait même qu'elle me l'offre comme un cadeau, comme quelque chose de précieux si j'en crois le timbre de sa voix.

Sa chaleur contre mon dos s'évanouit, me plaquant dans la réalité de ma chambre. Je me tourne vers elle pour lui jeter cette petite phrase railleuse qu'elle saisit au vol. Elle me dévisage de la tête aux pieds puis des pieds à la tête et me lance ce qui ressemble fort a un ordre accompagné d'une allusion des plus vexante.

Ces affreux oripeaux ?! Mes sourcils s'arquent de surprise. Une cape, une chemise noire à laçage, un pantalon et des bottes en cuir à rabats. Des affreux oripeaux ?! Quelle exigence...

J'inspecte mes vêtements pour déceler une éventuelle déchirure ou une salissure que je n'aurais remarqué qui pourrais justifier un tel jugement.
Je ne trouve rien. Calyso y porte une attention toute particulière. Lave, raccommode, brosse. Car oui, en plus de s'occuper de la cuisine, elle s'occupe du linge des étoiles...une parfaite fée du Domaine...

Je fronce un sourcil.

"Plait-il ?"

Piqué par sa remarque, j'examine l'accoutrement de la drow afin de prendre quelques munitions utiles si jamais la discussion devait s'envenimer.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 16 Aoû 2011 - 14:50

L’examen de la chambre se révélait plutôt décevant.

Quelques meubles, sans rien de particulier. Seule la psyché était digne d’intérêt. Sur une étagère, quelques babioles – livres, bagues, pendentifs, quelques dagues aussi. Et des pierreries, sans surprise puisque Suyvel connaissait les talents de mineur de son hôte. Elle y jeta néanmoins un regard plus appuyé. Dans un coin, la colichemarde du guerrier, évidemment. Des paires de bottes, à côté d’une armoire. Sur un coffre, une peau de bête – un léopard, lui sembla-t-il – probablement le trophée de quelque chasse. Et c’était tout.

Autant dire que Suyvel se sentait désappointée.

Il avait la chance d’avoir une pièce pour lui, un vrai pied-à-terre, un endroit qu’il pouvait appeler ‘chez lui’… et il semblait ne rien en faire. Pour elle qui devait se contenter d’impersonnelles chambres d’auberge, c’était du gâchis. À sa place, elle ne se serait pas privée de tout aménager et redécorer selon ses goûts. Cette chambre ne délivrait aucun message. On aurait pu croire qu’il venait juste d’y emménager. Or, d’après ce qu’il lui avait dit, cela faisait des mois qu’il avait rejoint les Constellations.

Suyvel en était là de ses observations lorsque Helevorn la railla sur le rhabillage. Intérieurement, elle sourit. Elle n’allait pas se priver d’une petite pique bien sentie, assortie d’une provocation, puisqu’il avait donné le ton.

Elle s’était attendue à une réaction pleine d’assurance, dans la droite ligne de sa première moquerie, commençant à connaître le guerrier. Au lieu de cela, ce fut la surprise qui l’emporta haut la main, s’emparant du visage du drow. Après quoi, toujours muet, il se lança dans une inspection approfondie de ses vêtements décriés. Sans rien trouver de particulier. Suyvel elle-même n’avait pas noté grand chose à y redire, mais le visible manque de confiance de Helevorn envers sa tenue l’interpellait. En fait, elle s’amusait beaucoup de son trouble.

Il finit par relever la tête et lui lancer un « plaît-il ? » un peu contrarié.

De la susceptibilité !

Il avait réellement été piqué au vif par sa remarque désobligeante. Il semblait attacher quelque importance à son apparence, malgré le peu de soin qu’il témoignait envers sa coiffure. En fait, il paraissait vexé comme un pou. Suyvel nota avec soin ce point sur lequel Helevorn se révélait si chatouilleux. Ca pourrait toujours lui servir, à l’avenir.

Et maintenant, voilà que le drow lorgnait sur sa tenue à elle, cherchant probablement matière à une riposte acerbe. Son amusement s’accrut. Il n’aurait pas à chercher bien loin. Comme Suyvel avait dû faire de la route jusqu’au Domaine des Constellations, elle avait revêtu sa tenue de campagne habituelle. Des vêtements de bonne qualité, choisis avec soin, mais avant tout solides et pratiques. Bien entretenus mais sobres. Rien de folichon. Rien qui rendit hommage à la mode.

Elle jubilait, s’apprêtant à pousser la taquinerie un peu plus loin, lorsqu’elle réalisa qu’elle n’allait plus pouvoir contenir son amusement très longtemps. Elle voulut passer sa main sur le bas de son visage en un geste de réflexion, afin de dissimuler un sourire, mais l’air à moitié outragé de son hôte finit de la faire craquer. Il avait l’air prêt à en découdre.

En découdre ses frusques !

À cette pensée, elle pouffa légèrement, essayant de garder son sérieux. Peine perdue. Alors elle laissa partir un grand éclat de rire joyeux. Elle prit la peine de se détourner de lui, afin de montrer un minimum de correction. C’était bien lui qui la faisait rire, mais elle ne voulait pas non plus lui donner l’impression qu’elle lui riait au nez.

Lorsqu’elle fut un peu calmée, elle croisa son regard interrogateur et lui demanda :

« À quoi t’attendais-tu ? J’ai peut-être certains talents dans plusieurs domaines, mais je ne suis pas tisserande. Ni tailleuse, ni couturière. Alors pour le rhabillage, comme tu dis… »

D’un geste large, Suyvel désigna sa propre tenue. Des vêtements d’un style classique, répandu sur ces terres. Fabriqués par des humains.

« … même si je m’intéresse aux vêtements, je suis bien obligée de faire avec ce que je trouve. Oh, je ne m’en plains pas… je me suis dénichée quelques tenues absolument ra-vi-ssantes ! Les humains ne sont pas dénués de talents dans ce domaine. Mais rien de comparable avec notre style vestimentaire. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour un vrai ensemble drow ! »

Elle soupira en roulant des yeux. Puis elle revint à son hôte.

« Si jamais tu trouves un tailleur qui connaisse la mode drow, ou même un marchand qui vendrait des habits de notre sombre royaume… je compte sur toi pour m’en avertir sans délai ! »

Un souvenir récent lui revint. Elle sourit.

« Amusant que tu te sois senti offensé de ma remarque. On aurait dit que tu étais prêt à prendre la défense de ceux qui ont fait tes vêtements. Pour quelqu’un qui a une si mauvaise opinion des humains… Etais-tu vraiment sérieux à ce moment-là?»

Pointant une apparente contradiction.

Le renvoyant aux déclarations fracassantes qu’il lui avait faites sur le genre humain, lors de sa première visite au Domaine.

Lui rappelant qu’il avait délibérément mis fin à la discussion, laissant sa question sur les causes de cette animosité sans réponse.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 16 Aoû 2011 - 15:41

L'examen de sa tenue est vite arrêté par les soubresauts difficilement contenus qui secouent ses épaules. Le rire semble prêt à dévaler de sa gorge à grands flots et à envahir la pièce. Ses joues rougissent, ses yeux se plissent, les veines de son cou gonflent. Elle semble prête à imploser.
Je lui demanderais presque de lâcher son fou-rire pour qu'elle perdre cette expression ridicule qui gâche ses traits.

Elle atteint le point de non-retour et glousse les yeux larmoyants, se retournant à demi pour sans doute m'épargner ce que je pourrais prendre comme un affront.

Après s'être vaguement calmée, elle part dans une justification du choix de sa tenue ce qui m'amuse fortement. Je n'ai pas dis un mot sur ses vêtements et voilà qu'elle part dans une explication à n'en plus finir.

Assurément sa robe en épais coton n'est absolument pas seyante et conviendrait à n'importe quelle paysanne. Elle regrette de ne pas trouver d'habits drow ? Je laisse échapper un petit rire moqueur. Elle justifie son accoutrement basique et sans intérêt par l'inexistence de tenues elfiques noires à la surface en me glissant au passage qu'elle a tout de même déniché des ouvrages humains "ra-vi-ssants".

Je lui jette une réponse dont elle devra se contenter.

"Qui te dis que ces vêtements ont été confectionnés par des humains ?"

Je me rapproche d'elle, la contourne, scrutant sa robe et par la même occasion son corps avant de ficher mes prunelles aux siennes.

"Toute cette matière qui te cache la peau... Si jamais je te trouvais un ensemble elfique noir, je doute que tu daignes le mettre. Nous ne sommes plus dans les profondeurs..."

Le style de notre race est pour le moins provocant. Depuis le temps que Suyvel vit parmi les humains, je doute qu'elle n'ai pas prit quelques réflexes pudibond qui leur sont propres.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mer 17 Aoû 2011 - 0:28

"Qui te dit que ces vêtements ont été confectionnés par des humains ?"

Helevorn semblait vouloir semer le doute dans l’esprit de la magicienne. Il jouait la carte du mystère. Suyvel considéra vaguement sa tenue. D’un œil blasé. Elle s’intéressait au style vestimentaire humain depuis des décennies et pensait être en mesure de le reconnaître facilement. S’était-elle trompée cette fois-ci ? Rien ne le lui laissait penser.

« Pourquoi ? » fit-elle d’un ton ennuyé.
« Tu vas me dire que ce n’est pas le cas ? »

Dans un élan de malice, elle faillit ajouter « auraient-ils été fabriqués par des orques » mais se retint. D’une part, elle-même aurait trouvé cela assez insultant, étant donné son mépris pour les orques, et d’autre part, elle sentait le rire qui couvait en elle, non loin de sa bouche, et elle ne voulait pas risquer de le ranimer maintenant qu’elle l’avait maîtrisé.

Helevorn se rapprochait lentement, tournant autour d’elle, la détaillant sous tous les angles. Alors qu’il se tenait sur sa droite, elle tourna la tête et il plongea ses yeux dans les siens.

"Toute cette matière qui te cache la peau... Si jamais je te trouvais un ensemble elfique noir, je doute que tu daignes le mettre. Nous ne sommes plus dans les profondeurs..."

Suyvel pivota d’un bloc pour lui faire face et lui adressa un regard d’une indicible intensité. Se pouvait-il qu’il suggérât ce à quoi elle pensait… ?

« Est-ce que par hasard tu prétendrais trouver… »

Elle ne finit même pas sa phrase. C’était trop improbable. Elle avait cherché des vêtements de sa race pendant près d’un demi-siècle sans jamais trouver ne serait-ce qu’un foulard. Et lui, benoîtement, serait capable de lui dénicher un ensemble ? Fariboles !

Suyvel s’attarda alors sur la deuxième partie de sa réplique. Elle ne daignerait pas le mettre ? Depuis le temps qu’elle cherchait désespérément une tenue drow, si elle s’en procurait une, ce ne serait pas pour la remiser au fond d’une penderie et l’y laisser moisir. Le fait qu’elle se trouvait aujourd’hui loin du royaume souterrain n’avait pas la moindre incidence sur son désir. Ce que Helevorn laissait entendre lui paraissait dépourvu de sens.

« Si tu trouvais un Tulwar (1), tu ne t’en servirais pas ? »

---------------------------------------------------
(1) Sabre à la lame courbe, typiquement drow et très apprécié des guerriers des profondeurs.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 18 Aoû 2011 - 15:27

Je lève un sourcil mi-amusé mi-sévère au ton qu'elle emploi. Ma réponse est tranchante.

"Ça l'est. En revanche, si j'ai pu m'offenser ce n'est certainement pas pour défendre le quelconque talent d'un tailleur humain, mais pour ton attaque frontale sur mes goûts."

Mon regard se fait pénétrant. Je lui tourne autour comme un loup surveillant une proie imprévisible. La simple évocation d'un possible illumine ses prunelles mais bientôt le voile de l'incrédulité s'abaisse sur son visage.
En réplique à mes insinuations, elle ne trouve pas mieux qu'étaler une nouvelle fois sa totale incompréhension de mon être.

Après s'être fait froid, mes yeux se font désormais durs. J'approche mon visage du siens, y enfonçant mes yeux comme des lames.

"Non." rêche et articulé. "Tu ne comprendra décidément jamais ce que je suis et ce que j'ai vécu, Jalil (1)." dédaigneux.

Un ton méprisant résultant d'une déception. Elle a lu mon histoire. Elle est drow. Mais elle continue de ne pas comprendre. De m'infliger des remarques propres a m'écorcher vif. Que cherches-t-elle cette maudite femelle ?! Me pousser dans mes retranchements, voir jusqu'où elle peut aller ? Jouer avec ma patience ?
Ou alors, elle le dit aussi innocemment et stupidement que les êtres dénués de finesse, chose qu'il me coûterait de penser ayant si ce n'est une haute opinion, un ressentit plutôt bon la concernant.

Suyvel dépouillée d'empathie ? Ces années passées au contact des humains aurait dû lui enseigner cela.

Ou bien elle est désespérément maladroite. Chose probable, cachée sous une solide couche de malice et d'assurance. Il ne faut visiblement pas beaucoup gratter pour trouver ce qui se cache en dessous...

Je me redresse, le visage fermé et me détourne d'elle pour rejoindre la fenêtre. J'observe l'extérieur, remarquant que la nuit tombante a bientôt noirci l'éther et que ma chambre est baignée de pénombre.

"Quant à la tenue, sache que je peux obtenir tout ce que je désire." sans me retourner.

Le Palais d'Argent recèle mille trésors, mais également mille serviteurs. Graz'zt ayant conquis les profondeurs elfiques noires, trouver une arme, un vêtement, ou n'importe quelle production de ces terres est un jeu d'enfant. Il suffit de l'exiger.

-------

1 - Femelle
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 19 Aoû 2011 - 0:59

"Si j'ai pu m'offenser, ce n'est certainement pas pour défendre le quelconque talent d'un tailleur humain, mais pour ton attaque frontale sur mes goûts."

Une attaque frontale ? Suyvel mesura à quel point Helevorn semblait avoir été affecté par ses propos certes provocateurs, mais sans fondement réel. Ce fut d’un ton posé qu’elle lui reprécisa les choses.

« Une attaque qui était en fait une riposte à ta propre raillerie », souligna-t-elle, l’obligeant à se remémorer leur échange de piques. Pas question qu’elle assumât plus que sa part dans cette joute verbale. Ils avaient été deux.

Ce fut alors qu’il émit un doute sur sa volonté d’arborer une toilette drow. Elle faillit s’enflammer à l’idée qu’il puisse lui en procurer une, mais son pragmatisme reprit le dessus, et elle lui fit une réponse en ce sens.
Et maintenant, c’était avec un regard dur et un ton plein de dédain qu’il prononçait cette phrase :

"Tu ne comprendras décidément jamais ce que je suis et ce que j'ai vécu, Jalil."

Une conclusion. Presque une sentence.

Plus que le regard, plus que les propos, ce fut ce ton méprisant qui déplut à la drow. Suyvel sentit son sang s’échauffer. Pour qui se prenait-il, à s’adresser à elle de la sorte ? Pour un prince ? Elle aurait pu s’en outrager. Elle aurait pu lui répondre vertement, l’incendier même. Et quitter la pièce en claquant la porte à en faire trembler le bâtiment entier. Seulement, la situation la ramenait à ce qu’elle était, ou avait été autrefois. Partir aurait signifié faire retraite. Et jamais une drow éduquée dans le principe du matriarcat ne le ferait. Pas devant un mâle de sa race.

Suyvel s’efforça au calme, avec succès. Elle songeait que de cette tension pouvait naître quelque chose… un possible instant de vérité. Helevorn lui avait paru porter un masque en permanence. Était-ce pour se protéger ? Ou pour cacher les cicatrices de son passé ? Elle n’avait pas cru y arriver maintenant, ni de cette façon, mais elle sentait que le masque du drow était sinon brisé, du moins bien fissuré. Ce n’était assurément pas le moment de partir. Pas s’il était sur le point de se dévoiler ne serait-ce qu’un peu.

Helevorn se détourna alors, le visage semblable à un bloc de marbre, et alla se planter devant la fenêtre. Ce fut à cet instant qu’il lâcha une remarque sur un ton presque anodin.

"Quant à la tenue, sache que je peux obtenir tout ce que je désire."

Une énorme pièce du puzzle vivant qu’était Helevorn dégringola sur le crâne de Suyvel. Des propos qui suggéraient des privilèges princiers… et qui jetaient un éclairage nouveau sur sa précédente déclaration.

La lecture des mémoires de Helevorn avait inspiré à Suyvel le portrait d’un exilé volontaire, ayant coupé les ponts avec ses origines. Il y était écrit qu’il avait renoncé à régner sur les abysses, au côté de son redoutable géniteur. Elle en avait conclu qu’il ne bénéficiait plus d’aucune protection, d’aucun avantage, comme tout prince en exil, d’une façon générale. Oh, bien sûr, certains rois magnanimes dérogeaient à cette règle pour assurer la dignité ou la sauvegarde de leur ingrate progéniture… mais dans le rôle du roi débonnaire, Graz’zt faisait figure de candidat improbable. Suyvel l’aurait plutôt vu maudire les pas de celui qui lui avait tourné le dos. À moins que le Seigneur Démon n’en eût point fini avec son fils, qu’il eût d’autres projets pour lui. Ou que les écrits ne fussent que parcellaires. Presque trois siècles écoulés… que s’était-il passé entre-temps ?

Et surtout, s’il était toujours l’héritier du Prince Noir, que faisait-il ici, parmi les humains et les mortels ? Pourquoi vivait-il une existence simple ? Pourquoi restait-il loin du trône et du pouvoir qui étaient siens ? Il avait dit que, contrairement à Graz’zt, la conquête de royaumes ne l’intéressait pas. Alors quel sens donner à sa présence en ce monde ? Que cherchait-il ici ?

Tu ne comprendras décidément jamais ce que je suis et ce que j'ai vécu.

Cette phrase tournait en rond dans l’esprit de Suyvel et prenait une allure différente. Une intuition se fit jour.

Il se cherche. Il cherche qui il est.

La magicienne fit quelques pas, lentement, venant se placer au côté droit du guerrier. Tout en regardant dehors, droit devant elle, elle rompit le silence.

« Tu as sans doute raison. Lire ton passé est une chose, le vivre en est une autre. Nous partageons un sang, celui des Ilythiiri, mais en partie seulement. Je ne suis pas toi. Je ne sais pas ce que cela fait d’être toi… Mais toi ? As-tu décidé de ce que tu es, ou de ce que tu veux être ? Si tu désires m’en parler, je l’entendrai. Et si je ne puis savoir ce que c’est que d’être toi, au moins pourrais-je le comprendre. »

En fait, Suyvel avait déjà brossé le tableau de l’existence de Helevorn dans les grandes lignes. Une double ascendance. Mi-drow, mi-démon. Les drows l’avaient condamné avant même sa naissance. Et lui avait renoncé à une tutelle démoniaque. Comme tout bâtard, il se retrouvait tiraillé entre deux mondes. Ecartelé. Rejeté par tous et finalement chez lui nulle part.

Elle tourna légèrement la tête vers lui, cherchant son regard.

« Lorsque tombe le soir, les ténèbres te renvoient-elles au néant de ton existence ? La solitude t’étouffe-t-elle, toi aussi?»

La solitude… Suyvel pouvait comprendre ceci. Fort bien. Beaucoup trop pour son propre bien, en fait.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 19 Aoû 2011 - 22:46

Le regard perdu dans les ombres du soir, j'écoute avec détachement mais néanmoins attention les propos de Suyvel.
Sa question me tire un bref froncement de sourcils qu'elle ne remarque pas, égarée elle aussi dans le lointain.

"As-tu décidé de naître dans les profondeurs ?" d'une voix posée.

Une question lui offrant une réponse claire à la sienne.

"La volonté ne suffit pas toujours pour atteindre ce qu'on souhaite. Il faut accepter et faire avec ce que la nature nous a donné."

J'aurais préféré cent fois naître de père et mère drow, avoir mené une existence normale plutôt que d'avoir dû endurer vingt années de torture. Deux décennies de mensonges, de souffrance et de haine. Manipulation infâme...

Je sens son regard sur mon visage. Je tourne lentement la tête. Nos prunelles se trouvent.
Sa voix est empreinte d'émotion. Étincelle de vrai dans la noirceur de ma chambre. Elle se noie dans l'émeraude de mes yeux, cherchant à me lire avec intensité, et à découvrir...

"La nuit m'est douce...elle apaise et réconforte. C'est le soleil illuminant tout qui met à jour les cicatrices, l'absence... Qui ravive en brûlant." un léger soupire "Nous demeurons à jamais seul, nous plus que quiconque...bien plus que les humains. La longueur de nos vies nous condamne à voir mourir des êtres qui nous sont chers..." détournant le visage pour me raccrocher à un point invisible dans les ténèbres "Mais savoir que nous sommes condamnés a le demeurer n'allège pas son poids."

Voilà sans doute ce que je cherche en tentant désespérément de connaître l'Amour. De toucher enfin ce sentiment qui annihile pour un temps cette maudite solitude...
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 21 Aoû 2011 - 14:00

Ce fut d’un ton apaisé que Helevorn répondit à sa question.

"La volonté ne suffit pas toujours pour atteindre ce qu'on souhaite. Il faut accepter et faire avec ce que la nature nous a donné."

C’était l’évidence même selon Suyvel, toutefois leurs cas différaient sensiblement. Lui était ou avait été confronté à un choix qu’elle n’avait pas eu… et dans un sens, c’était certainement mieux ainsi pour elle.

« Nous ne choisissons pas notre naissance, mais ce que nous faisons de notre existence dépend de nous. C’est parfois difficile, compliqué. Cela peut devenir un déchirement, exiger le sacrifice d’une partie de soi. Mais il faut savoir s’en donner les moyens, et payer le prix… si l’on ne veut pas être condamné à voir notre existence nous échapper. »
« J’aurais pu me contenter de l’existence qui m’était promise à la Cité des Araignées. J’ai choisi de suivre ma voie, quoi qu’il puisse m’en coûter. Et je le paie chaque jour. »


Suyvel haussa les épaules.

« Mais je ne m’en plains pas. J’ai eu le choix. Un choix différent de celui qui se pose à toi. Ta double ascendance pose la question de ton identité. De ce que tu souhaites être. »

S’ensuivit sa question sur la nuit et la solitude. Helevorn prit la peine d’une réponse plus longue qu’à l’accoutumée. Ainsi que Suyvel l’avait espéré, il se dévoilait dans les ténèbres naissantes. Ainsi qu’elle l’avait craint pour lui, la solitude était sa plus fidèle compagne. Seule la nuit semblait l’apaiser quelque peu.

« La nuit… » hésita Suyvel.

« La nuit était mon domaine lorsque j’ai commencé à arpenter les royaumes de la surface. Puis, afin de pouvoir côtoyer les humains, j’ai appris à vivre dans la lumière du jour. J’ai adopté leur vie diurne. Cela m’a aidé, je crois… à faire table rase du passé… à éloigner ce sentiment de solitude… en essayant d’être comme eux. Je retourne vers la nuit de temps à autre, comme vers un lieu familier et rassurant. Mais maintenant, elle me rappelle ce que j’étais… ce que je suis encore… une étrangère en ces lieux. Tolérée, mais pas adoptée. Une marginale solitaire… »
« Aujourd’hui, je crois que le préfère le jour. La lumière disperse l’enfermement des ténèbres et leur isolement inhérent. Le jour apporte l’effervescence de l’activité humaine. Je m’y plonge autant que je le puis. Pour m’y noyer. Pour y oublier ma solitude. »


Les humains… ils lui avaient apporté un espoir. Frêle, distant… mais un espoir tout de même. Pour la farouche drow asociale qu’elle était en arrivant sur leurs terres, leur fréquentation avait apporté son lot de surprises, de découvertes, et une réelle évolution pour elle, presque une révolution.
Pourtant, lorsque Helevorn évoquait sa solitude parmi les humains, cela la renvoyait à des questions qu’elle-même s’était posée. Des doutes qu’elle n’avait jamais clairement formulés, faute d’un interlocuteur capable de comprendre et de partager ses interrogations. Cet obstacle venait manifestement de se lever. Une fois de plus, elle chercha le regard du drow.

« Les humains m’ont tellement apporté en matière de sentiments… et pourtant, je me demande s’ils peuvent réellement s’unir à nous. Je veux dire, même si nous trouvions l’amour auprès de l’un d’eux, que pourrions-nous en espérer, au-delà des sentiments ? Leur existence est si brève… Le temps d’un soupir, et leur jeunesse passe. Encore quelques souffles, et les voilà vieillissants. Alors que nous, à leurs yeux, nous serions aussi jeunes qu’au premier jour de notre union, presque inchangés. Et alors, leur capacité aux sentiments ne risquerait-elle pas de se retourner contre nous ? Je n’aimerais pas voir dans leurs yeux l’amour rongé par l’envie, puis la jalousie, la colère, la rancœur… Ces sentiments-là, je les connais trop bien. »

Allusion sans fard à ce qu’était la société drow.

« Je crains que notre quête de l’amour soit vaine. Je redoute que les humains ne puissent finalement nous apporter autre chose qu’un soulagement éphémère. Bonheur qui mourra aussi rapidement qu’eux, nous abandonnant avec notre solitude… et la douleur de la perte en plus. »

Frissonnant à l’augure de ce triste et inéluctable destin.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 22 Aoû 2011 - 15:52

Le sujet semble prendre une grande place dans l'esprit de Suyvel. La jeune drow est pleine d'interrogations. Pleine de questions.
N'ayant jamais réellement connu le haut sentiment qu'est celui de l'Amour, j'aurais bien du mal a l'éclairer, pourtant j'ai vécu certaines choses sur lesquelles elle s'attarde elle-même : l'union avec un être humain.

J'explore un moment la nuit avant de soupirer, aspiré dans une profonde hésitation. Dois-je lui révéler certains évènements de ma vie au risque qu'elle veuille en savoir davantage, au risque qu'elle m'abreuve d'innombrables questions comme elle sait si bien le faire ?
Je glisse un regard sur la drow.

"Les sentiments d'Amour peuvent s'exprimer de bien nombreuses façons. L'Amour dont nous parlons -je pense- est éphémère, c'est ce qui fait sa rareté et sa beauté. C'est ce qui fait que nous l'espérons tous au moins une fois dans notre existence. Le temps érode la passion et il n'en reste bien souvent qu'un entrelacs compact lié aux besoins et aux habitudes. Tu pourras donc connaître l'Amour, Suyvel. Mais sans doute pas celui qu'on conte dans les livres pour enfants."

Une pause.

"Quant à notre jeunesse et notre rapport aux humains, si tu acceptes l'idée que l'Amour est éphémère, tu ne t'encombreras pas d'une relation suffisamment longue pour que le problème de la vieillesse se pose. Après...tu feras tes propres choix."

Sachant pertinemment que les avertissements qu'on donne sont rarement respectés. Faire ses propres erreurs, aller jusqu'au bout, explorer soi-même "pour voir de ses propres yeux". Suyvel n'est certainement pas du genre à déroger à cette règle.

J'ouvre la fenêtre pour laisser entrer un peu de fraîcheur et m'étends à demi sur le lit, les pieds au sol, un bras derrière la tête, pensif.
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 22 Aoû 2011 - 21:18

Depuis le temps que Suyvel observait les êtres humains, elle avait vu des couples se former, s’aimer, puis se repousser, se tourmenter souvent, se déchirer parfois. Elle savait que les sentiments étaient changeants, inconstants… mais aussi qu’il n’y avait pas de règle en la matière. Elle avait parlé à un couple âgé – pour des humains – et découvert qu’ils avaient partagé toute leur existence adulte ensemble. Presque inimaginable pour une elfe noire. Et pourtant elle avait observé des signes éloquents : ils étaient toujours amoureux l’un de l’autre. Etait-ce l’amour qui avait suscité chez eux un tel attachement ? Ou était-ce leur attachement l’un à l’autre qui avait été le garant de leur amour ? Elle n’aurait su le dire.

En même temps, cet aspect fusionnel de leur relation l’avait mise profondément mal à l’aise. Pour une drow, se dévouer à une autre personne était juste inconcevable, dans le monde souterrain régi par l’égoïsme et l’ambition. Même si elle avait parcouru bien du chemin depuis lors, elle ne s’en croyait pas capable. Elle n’en avait même pas envie.

Alors lorsque Helevorn lui fit part de sa vision de l’amour et de sa nature éphémère, elle se sentit déchirée entre deux sentiments. Le soulagement de savoir qu’elle n’aurait pas à se renier, à s’aliéner à l’autre dans une relation malsaine, pour connaître l’amour. Et le désespoir de la certitude que cet amour serait fugace, qu’il lui serait interdit d’en profiter bien longtemps.

« Et c’est pour une chose aussi fuyante que tu te donnes tant de mal ? » dit-elle d’un ton surpris.

« Je vois moi aussi l’amour comme un joyau rare et magnifique… et toi, si un jour tu le trouvais, tu y renoncerais de ton propre chef ? Tu ne te battrais pas pour le conserver autant que tu le pourrais, surtout que tu risquerais fort de ne jamais plus en trouver un autre ? Certains humains y arrivent bien, eux. Pourquoi pas nous ? »

Des propos teintés d’amertume. Presque de jalousie envers les humains.

« Je sais que certains sages préconisent le détachement par rapport aux choses de l’existence, matérielles ou non… Mais là, je ne te comprends pas. Ou bien tu es très sage, ou bien tu es fou à lier. »

Une étincelle passa dans son regard. Une idée germait dans son esprit. Elle s’avança lentement vers le drow à moitié allongé sur son lit, perdu dans ses pensées, et prit le temps de le considérer. Ce fut d’une voix apaisée qu’elle reprit son propos.

« Troisième hypothèse… tu en sais plus que tu ne veux bien m’en dire. »

Quelque chose dans le regard de Helevorn lui dit qu’elle était proche de la vérité.

« Ce seraient tes différentes expériences avec les êtres humains qui t’auraient mené à cette vision périssable de l’amour ? Par quoi en es-tu donc passé pour en arriver là aujourd’hui ? »

Plus on lui cachait les choses, plus Suyvel se montrait curieuse. Voire fouineuse.

« Voudrais-tu partager cela avec moi ? »

Consciente du caractère plus qu’intime de sa demande.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 22 Aoû 2011 - 22:02

Comme je m'y attendais, Suyvel me noie de questions. Elle ne semble pas avoir compris où je veux en venir. Je le regarde droit dans les yeux, sans bouger du lit.

"Je le cherche pour le connaître. Curiosité, besoin d'expérimenter. Sensation de frustration de n'être arrivé qu'a l'avant dernier palier sans avoir put toucher au but. L'Amour est éphémère, ainsi est-il. Si je l'atteignais, je n'y mettrais évidemment pas fin intentionnellement. Tant qu'il peut durer j'en profiterais. Mais lorsque l'Amour s'enfuit, il est inutile de s'acharner à le poursuivre. Il court plus vite que nous, et disparait aussi promptement qu'il est survenu."

Sa troisième hypothèse sonne comme une intrusion. Elle veut en découvrir plus et me demande frontalement de lui révéler ce qu'elle brûle de savoir.
Dois-je fouiller dans mes 300 ans d'existence, dans la multitude de mes relations pour la contenter ? Pourtant elle n'en serait pas plus avancée. Je n'ai rien d'extraordinaire a lui révéler. Mon rapport au sexe opposé est motivé par un instinct démoniaque, et lorsqu'il il est mit exceptionnellement de côté, mes relations se sont soldées de la même manière. Une incapacité a m'engager. Une incompatibilité a la relation exclusive.

"J'ai connu beaucoup d'humains. De jeunes couples, de vieux couples, de veufs, de seuls, de séparés, de désabusés. Motivé par ma curiosité, je les ai observés, j'ai discuté avec eux et j'en suis arrivé à une conclusion. J'ai aussi connu beaucoup de femmes. Je me suis essayé à la vie de couple sans succès, à l'amour exclusif et fidèle en vain. J'ai donc une idée arrêtée sur la question. La donnée supplémentaire qui entre en ligne de compte et que tu sembles omettre, c'est ce que je suis."

Un demi-démon...

Je me redresse. Assis sur le lit je glisse une main dans mes cheveux, entreprenant de défaire le haut de ma coiffure.

"Je suis navré si ma réponse ne te satisfait pas."

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 25 Aoû 2011 - 20:15

"Tant qu'il peut durer, j'en profiterais. Mais lorsque l'Amour s'enfuit, il est inutile de s'acharner à le poursuivre."

Helevorn faisait à nouveau preuve d’un détachement qui étonnait Suyvel. Lui qui cherchait l’amour depuis longtemps semblait ne pas se formaliser à l’idée de le perdre après l’avoir trouvé. En y songeant, Suyvel se disait que c’était peut-être là la meilleure façon d’éviter la douleur de la perte et de l’absence… mais renoncer sans combattre n’était pas vraiment dans sa nature. Elle s’était battue toute sa prime jeunesse pour avoir l’existence qu’elle menait aujourd’hui. Elle n’envisageait pas son avenir autrement comme un perpétuel combat à mener au présent. Elle n’attendait rien de la vie : elle lui arracherait ce qui lui semblerait bon pour elle.

Le point de vue de Helevorn pouvait-il s’expliquer par son enfance d’esclave ? Il s’était battu pour être libre. Craignait-il de perdre cette liberté douloureusement acquise ? L’engagement de l’amour exclusif était-il trop semblable aux chaînes de l’esclavage pour lui ?

"Je me suis essayé à la vie de couple sans succès, à l'amour exclusif et fidèle en vain. J'ai donc une idée arrêtée sur la question. La donnée supplémentaire qui entre en ligne de compte et que tu sembles omettre, c'est ce que je suis."

Le fils d’un Seigneur Démon. Réputé pour son charisme et sa séduction insidieuse, qui plus est.

Une engeance du Chaos.

Suyvel avait cru que cela n’altérait en rien son libre-arbitre. D’abord parce que le Chaos recelait en lui toutes les possibilités et donc une infinie liberté. Y compris celle d’aliéner cette liberté selon ses désirs. Peut-être en allait-il autrement. L’essence du Chaos résidait dans l’inconstance, le changement permanent et aléatoire… Helevorn menait-il sa vie selon ce principe ? Ou bien… est-ce que ce principe régissait sa vie sans qu’il ne pût rien y faire ? Après tout, on disait de l’amour qu’il avait sa loi. Une Loi qui s’opposait par nature au Chaos. L’engagement exclusif et éternel de l’amour était peut-être incompatible avec la nature de Helevorn. Il disait s’y être essayé, en vain.

"Je suis navré si ma réponse ne te satisfait pas."

« Navré ? » répéta machinalement Suyvel en s’extrayant de ses pensées.

« Non, ne le sois pas. Nous n’avons pas le même point de vue. Ni le même parcours. Ni vraiment la même nature… Mais ce n’est pas un problème, au contraire. Il est toujours enrichissant d’écouter les expériences différentes de la sienne. Et tu es le premier avec qui j’arrive à parler de ce sujet. Je veux dire… de façon vraiment personnelle, librement, et en profondeur.»

Une pause, puis elle ajouta spontanément :

« Merci. »

Du ton le plus simple et le plus sérieux qui fût.

Une conclusion à ce long échange. Suyvel l’aurait volontiers poursuivi, mais elle réalisait que c’était déjà beaucoup, pour leur première discussion privée. Si elle s’était laissée aller, elle aurait passée la nuit à le harceler de ses questions, mais elle ne tenait pas à le pousser dans ses retranchements.

« Allez, changeons de sujet, si tu veux. »

Un souvenir lui vint à l’esprit. Des propos assez mystérieux. La promesse d’une découverte. Suyvel fit quelques pas vers le pied du lit et, se penchant légèrement en avant, s’y appuya de ses deux mains. Elle adressa un léger sourire à son hôte.

« Lors de ma première visite, tu m’avais parlé d’une pièce secrète dans la bibliothèque… la salle de l’orbe. »

Son sourire se fit malicieux.

« Tu me fais visiter ? »

Pour Suyvel, le plus sûr moyen de brider sa curiosité sur un sujet était de lui en fournir un autre sur lequel la focaliser.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 26 Aoû 2011 - 14:54

A mon plus grand étonnement Suyvel se contente de ma réponse et change même de sujet, revenant à une proposition que je lui ai faite il y a quelques temps. Visiter la salle secrète de l'Orbe. Ombre ne lui a donc pas fait découvrir cette partie de la bibliothèque... J'oscille entre surprise et doute, me demandant pourquoi le Roy lui a caché ce lieu.

J'esquisse un léger sourire, imaginant mal notre Souverain pousser son invitée au voyeurisme sur les ébats d'un de ses lieutenant.

Ma réflexion me coupe inconsciemment dans mon geste. Ma main affairée à défaire le chignon en haut de ma tête descend sur ma cuisse. Je dévisage la drow qui s'est penchée vers moi, un sourire aux lèvres, une étincelle de malice dansant dans les yeux.

As-t-elle décidé de m'épargner davantage de questions sur mon expérience de l'Amour en sentant ma réticence ? Ou mes mots l'ont-ils finalement rassasiée ? Cette femelle me paraît trop affamée de connaissances et dévorée de curiosité pour avoir épuisé ses questionnements en la matière.
Une question de plus et je serais sans doute partit, la laissant seule au beau milieu de ma chambre. A croire qu'elle a eu le nez fin...

Un simple hochement de tête et je l'entraîne hors de ma chambre. Nous traversons le domaine baigné d'une fraîcheur vivifiante avant de nous engouffrer dans le bâtiment accueillant la bibliothèque.

Les hauts rayonnages s'élèvent dans l'obscurité à peine troublée par le clair de lune. L'odeur du papier mêlé de poussière et de bois. Un arôme que j'aime depuis toujours. Tout comme le bruit rond d'un livre épais qu'on referme. La matière usée, passée de mains en mains. Le savoir, l'imagination, la découverte, endormie dans son écrin de fibres, dans le noir de son encre.

Le parquet grince tendrement sous mes bottes. J'avance jusqu'à la sixième rangée, tourne à gauche, m'engouffre dans le rayon étroit et m'y enfonce jusqu'au bout. J'effleure les tranches des livres du bout des doigts, verticalement, jusqu'à trouver l'aspérité que je cherche. J'y enfonce mon index. Un déclic. L'étagère recule et pivote lentement, laissant un passage de 50 centimètres tout au plus donnant sur une volée de marches.

Je baisse la tête pour passer, descend de quelques pas et évalue la proximité de la drow pour refermer le panneau derrière elle. Une manette de bois sortie du mur à cet effet.

Les rouages travaillent à nouveau, bloquant la sortie et ouvrant par la même une porte en bas des marches. Un système de sécurité.

Nous entrons dans une pièce circulaire dépourvue de fenêtre. Meublée de quelques divans et fauteuils, d'un pupitre visiblement vide, d'une étagère contenant quelques parchemins vierges et d'un socle de bois sculpté recueillant la fameuse orbe. A première vue, rien d'exceptionnel.

J'avance de quelques pas puis me retourne.

"Nous y sommes."

Comme pour lui confirmer si jamais elle avait des doutes. Suyvel examine le lieu avec circonspection avant de porter son attention sur le globe de cristal.

"Pour voir, il faut en effleurer la surface. Pour en terminer, il suffit de le toucher à nouveau."

Je m'installe confortablement dans un des divan placé en face de la drow pour observer ses réactions. Prenant d'avance le plaisir d’assister a son trouble.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 27 Aoû 2011 - 20:51

Suyvel ne put faire autrement que de remarquer l’étonnement de Helevorn, tant il était grand et non-dissimulé. Elle en resta perplexe. Ce n’était tout de même pas à cause de sa demande de voir la salle de l’orbe ? À l’origine, c’était lui qui en avait parlé… il devait bien s’attendre à ce que, tôt ou tard, la magicienne demandât à la visiter.
À moins que ce ne fût le changement de sujet ? Il avait été certes assez brusque, mais pas de quoi tomber à la renverse non plus.
Et sinon… quoi ? Elle ne voyait rien d’autre.

Toujours était-il que Helevorn, revenu de sa surprise, hochait la tête, se levait et quittait la chambre sans un mot. Elle le suivit donc, gardant ses questions pour elle.

La fraîcheur nocturne les récompensa de cette sortie, leur ouvrant ses bras délassants. Le chemin de la bibliothèque, dans ces conditions, fut des plus plaisants. Pour Suyvel, c’était un retour au point de départ de sa journée. Elle sourit en songeant que ce serait bien la première fois qu’elle entrerait dans une bibliothèque sans l’intention d’ouvrir un seul livre.

Helevorn la guida à travers les allées, jusqu’au bout d’un rayonnage identique aux autres. Il chercha et trouva rapidement un mécanisme caché qu’il activa, révélant un passage dérobé, fort exigu. Si elle pouvait l’emprunter sans inconfort, lui dut se baisser. Il referma le panneau derrière elle, ce qui ouvrit en même temps une porte en bas des marches. Qui donnait sur une pièce circulaire.

"Nous y sommes."

Suyvel prit le temps d’examiner l’endroit. Pas de fenêtres. Par obligation, probablement. Ils devaient se trouver sous terre, considérant qu’ils avaient descendu une volée de marches pour arriver ici. Certainement un choix judicieux en matière de sécurité pour dissimuler un objet précieux. À part cela, l’examen de la pièce ne révélait rien d’inhabituel. Presque décevant. Presque seulement, car un socle dressé au milieu de la pièce présentait ce qui ne pouvait être que le but de leur visite. Le fameux orbe.

Suyvel réalisa qu’il n’y avait personne dans la pièce. Elle s’était attendue à ce que l’objet soit utilisé, voire gardé, en permanence.

"Pour voir, il faut en effleurer la surface. Pour en terminer, il suffit de le toucher à nouveau."

Un mode d’emploi sommaire qui étonna un peu Suyvel. Plus basique que cela, il eût fallu chercher très fort. Et puis comment contrôlait-on la vision de l’orbe ? À moins qu’il n’y eût aucun contrôle, que ce que le globe montrait fût totalement aléatoire ? En revanche, elle n’avait aucun doute sur la nature de l’orbe. Rien qu’en approchant la main, elle ressentit la pulsation d’un champ magique. Rien de bien puissant, ni de dangereux. De la magie blanche. Imprégnée de l’aura du créateur de l’orbe, que Suyvel reconnut sans hésiter.

Helevorn s’installa dans un divan face à elle, le visage exprimant un intérêt amusé, mais elle ne le remarqua pas. Concentrée sur l’objet de sa venue, elle ne le voyait même plus. Il aurait tout aussi bien pu sortir de la pièce. Tout ce qui comptait était la satisfaction de sa curiosité. La réponse à une question, parmi tant d’autres certes, mais toujours une réponse.

La main de la magicienne effleura la surface de l’orbe qui s’illumina d’un bouquet de couleurs changeantes et chatoyantes.
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Lun 29 Aoû 2011 - 23:54

Le flou des couleurs tournoyantes se dissipait. Une image se forma et se précisa. Suyvel identifia le lieu.

Le temple du Phénix.

Toujours en ruines. Mais pas désert, comme elle l’avait cru au premier abord. En fait, deux silhouettes s’y dessinaient. Elle reconnut la première sans hésiter : c’était son hôte.

La magicienne s’était demandée ce que l’orbe dévoilait, elle savait maintenant que ce n’était pas le présent. Un simple coup d’œil vers le divan lui confirma que Helevorn n’en avait pas bougé. Elle voyait donc l’avenir ou le passé.

Suyvel s’attarda alors sur la deuxième silhouette, qui était incontestablement féminine. Une humaine à la chevelure flamboyante, que la drow ne connaissait pas. D’après sa tenue, une nécromante. Elle portait le blason des Constellations, seul indice sur son identité. Elle vit le guerrier s’en approcher et la saisir sans douceur. La femme dégaina une dague sans même la toucher – il aurait été plus juste de dire que la dague vint d’elle-même se loger dans sa main – et elle gratifia Helevorn d’une méchante entaille sur le dos de la main, ce qui le fit lâcher prise.

Suyvel esquissa un sourire.

Voilà une damoiselle selon mon cœur. Elle sait parler aux mâles.

Elle ignorait tout de cette femme mais elle lui plut instantanément.

Dans l’orbe, Helevorn ne restait pas sans réaction. Il gifla violemment sa compagne qui en tomba au sol, perdant sa lame. Suyvel fronça le sourcil, son sourire s’évanouit. Les manières du drow devenaient déplaisantes. Que se passait-il exactement ? Suyvel se tendit légèrement.

La suite s’avéra rassurante. Helevorn et la femme s’embrassèrent bientôt à pleine bouche. Tout ceci n’avait été qu’un prélude, un jeu entre eux. Il devint vite évident qu’ils n’avaient pas l’intention d’en rester là. Allaient-ils faire ce qu’elle imaginait ? Suyvel eut un nouveau regard vers le divan, y découvrant un Helevorn intéressé et qui lui souriait. Elle comprit à ce moment-là qu’il savait. Voyait-il l’image du globe ? Probablement pas, mais il savait depuis le début ce que la magicienne allait y découvrir. Et il s’en délectait. Cela répondait aussi à la question de la nature de la vision… C’était bien le passé qu’elle découvrait.

Suyvel eut un sourire en coin. Dire que, lorsqu’il lui avait parlé de cet orbe pour la première fois, elle avait imaginé un système de défense, ou d’espionnage… Il était vrai qu’elle était alors dans l’ignorance de la nature de son hôte. Le fils de Graz’zt. À la lumière de cette découverte, ce jour, elle aurait pu pressentir ce qu’était réellement l’orbe. Une idée née d’un démon pervers. Une incitation à la débauche. Une ode au plaisir.

La drow en revint à l’orbe. Le couple en avait terminé avec les préliminaires. Suyvel sourit à la pensée de ce qui allait suivre. Elle n’avait pas imaginé être conviée ce soir à un spectacle. Ni de ce genre ni d’un autre. Mais puisque son hôte le lui offrait, elle aurait été bien idiote de s’en priver. Elle s’absorba donc dans la contemplation de leurs étreintes fougueuses, violentes.

Leur passion était semblable à une flamme, se tordant furieusement.

Une flamme dévorante, qui exigeait d’être nourrie.

Lorsqu’elle fut enfin assouvie – et les deux amants repus – Suyvel émergea progressivement de cette scène, réalisant qu’un long moment venait de s’écouler. Tout en éteignant l’orbe d’un geste lent, elle se tourna vers Helevorn, qui n’avait pas bougé de son divan. Elle se demandait s’il ne s’était pas incommodé de cette longue pause, mais il lui sembla que non. Il la scrutait d’un regard indéfinissable. De l’amusement, sans doute. De la perplexité, aussi. De l’étonnement, peut-être.

Avait-il été surpris ? À quoi avait-il donc pu s’attendre ? Il était drow, tout de même.

La vérité de son passé hors norme la rattrapa soudainement. Drow, oui, mais pas comme n’importe lequel de ses congénères. Il n’avait pas vécu parmi ses semblables, mais toujours en marge, esclave ou détenu au fond d’un cachot. Il avait vécu ensuite parmi les humains. Et il connaissait surtout les femmes de cette espèce. Lorsqu’elle-même avait engagé le dialogue avec des humaines, elle avait découvert un monde de pudeur, de tabous, d’interdits – voire de pudibonderie – qui lui était parfaitement étranger.

Suyvel s’avança vers lui, lentement. Au dernier instant, elle dévia de sa trajectoire pour contourner le divan dans lequel il était toujours confortablement installé, le bras gauche sur le dossier. Passant derrière, elle laissa courir l’extrémité de ses doigts sur la chemise de son hôte, partant de la main, puis remontant vers l’épaule, jusqu’à atteindre le muscle trapèze.

« Helevorn… je t’avais proposé de partager quelques uns de mes souvenirs avec toi. Peut-être devrais-je commencer en évoquant les femmes de notre peuple… »

Elle s’immobilisa derrière lui, juste sur sa gauche. Se penchant en avant, elle lui glissa à l’oreille :

« Te parler de leurs fantaisies, de leurs vices… Le voyeurisme et l’exhibitionnisme sont répandus, et dans un monde amoral comme le nôtre, qui irait réprouver cela ? Et puis ce sont certainement les plus attachants de leurs défauts. Les moins dérangeants, du moins. »

« Oui, je pourrais te raconter certaines des frasques de mes amies, telles qu’elles me les ont rapportées… Leurs jeux, leurs lubies. Leur audace. Voudrais-tu entendre tout cela ? »

Suyvel se redressa, faisant mine de s’éloigner. En fait, elle se contenta de passer à la droite de Helevorn, toujours derrière lui. S’accoudant sur le divan, elle approcha ses lèvres cette fois de son oreille droite, lui murmurant :

« À moins que le démon en toi ne regarde tout cela que comme de simples peccadilles… que tu ne sois déjà blasé et lassé de tout… »

Si Helevorn, dans sa posture actuelle, ne voyait pas Suyvel, il pouvait entendre le sourire dans sa voix.

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 30 Aoû 2011 - 14:59

Son index effleure le verre. Sur ses vêtements et son visage se reflètent mille teintes. J'essaye de les identifier et prête une oreille attentive aux sons.

Lumière de feu, rougeoyante, mêlée de nacre. Le timbre d'une voix... la sienne. Pas de doute possible. Ces mots échangés. Le temple du Phénix. Ignis.

Ignis...

Une vague de souvenirs me revient, incontrôlable. Notre rencontre, nos jeux, sa disparition... Un soupire d'impuissance meurt sur ma bouche. Il n'est pas l'heure de s'épancher dans des souvenirs, aussi délicieux soient-ils.
Je m'applique à conserver mon attention sur la scène que je devine. Ressentant en parallèle des sensations ténues tirées de ma mémoire, et l'intérêt grandissant de la drow qui ne perd pas une seconde de ce qui s'offre à elle.

Avide, rien ne lui échappe. Elle dévore.

Son intérêt provoque en moi une interrogation. Interrogation sur sa personne. Sur ce qu'elle est vraiment. Sur ce qui la prend, l'attire, sur ce qui fait d'elle plus qu'une magicienne drow noyée au genre humain.
Mon questionnement s'accentue lorsqu'elle effleure une nouvelle fois le globe, et qu'elle s'approche d'une démarche presque prédatrice.

Dans mon angle mort, ses doigts frôlant le tissu de ma chemise pour seul contact. Une proposition. Me parler des femmes de notre race...que je connais peu il est vrai.
Son vocabulaire se précise et sonne comme une douce mélopée à mon oreille. Je souris. Sa proximité, la tiédeur de son souffle contre ma peau. Son offre est alléchante, pourtant, quelque chose m'intéresserai bien plus...

Je tourne la tête, le même sourire sur les lèvres et mêle mon regard au siens. Nos visages à très courte distance je lui réponds dans un demi chuchotement.

"Et si je préfère connaître ton audace plutôt que celle de tes amies ?..."
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