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 Ecrits et cris

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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 2 Sep 2011 - 0:05

« Alors je dirais que tu as du goût… », répondit Suyvel sur le même ton.

Insensiblement, très progressivement, elle réduisit la distance entre leurs deux visages. Son sourire s’élargit. Ses lèvres s’entrouvrirent, semblant éclore comme une rose noire. Au dernier moment, elle esquiva le contact en se redressant. Sa bouche effleura au passage la peau du visage de Helevorn. Proche, si proche… faisant naître un frisson électrisant.

Suyvel fit le tour du divan pour revenir tranquillement devant son hôte, tout en réfléchissant.

« Il me revient un souvenir plaisant… un coup d’audace datant de mes jeunes années. C’était durant l’une de mes premières sessions de formation à Sorcere, l’académie de magie de la Cité des Araignées. À l’époque, je passais beaucoup de temps en compagnie de deux de mes condisciples, Celiodë et Tinarandra. Nous nous étions trouvées des points communs. Nous venions toutes trois de Maisons mineures de Menzoberranzan, nous étions donc toutes snobées par les autres Jalil (1) de plus haute naissance, mais nous étions très motivées. Au début, nous nous sommes entendues pour travailler ensemble et essayer de surclasser les filyith (2) de notre promotion, et rapidement nous avons commencé à faire les quatre-cents coups ensemble. »

Suyvel prit place sur le divan à côté de Helevorn, la jambe gauche repliée sous elle, le bras gauche appuyé sur le dossier, de façon à faire face au drow.

« Lors d’un de nos cours, une enseignante nous imposa un travail pratique : la recherche de composants utiles en sorcellerie, à l’intérieur de la Cité, bien sûr. En l’occurrence, il s’agissait de réunir un maximum de dents d’orque. Nous avions une semaine pour cela, et une complète latitude sur les moyens à employer. Y compris faire appel à nos familles. Autant dire que nous n’avions aucune chance face aux filyith qui n’auraient qu’à faire jouer leur influence et ouvrir leur bourse pour racheter tout ce qui pourrait se trouver dans le quartier commerçant, et gagner ce concours haut la main. Lorsque nous en avons parlé entre nous trois, nous broyions toutes de l’elfe (3). C’est alors que j’ai eu cette idée, pour changer la donne… »

« Les filyith avaient des relations ? Il fallait nous en trouver. Elles avaient plus d’argent ? Il nous fallait d’autres moyens pour espérer les coiffer au poteau. J’ai donc proposer à mes amies d’aller nous faire de nouvelles relations… dans le quartier des mâles. Elles ont cru que je déraillais sévèrement. »


Suyvel eut un rire léger à ce souvenir.

« À Sorcere, les cours ne sont pas mixtes. Les femelles d’un côté, les mâles de l’autre. Ils peuvent à peine se croiser dans l’enceinte. Sorcere se compose d’un bâtiment principal, en central, et de huit tours reliées au bâtiment principal par un unique couloir, suspendu à plus de quinze mètres du sol. Les quartiers des filles sont dans la bâtisse centrale, les dortoirs des garçons répartis entre les huit tours. Et les quartiers des filles sont strictement interdits aux garçons, et réciproquement. La Direction de Sorcere ne badine pas avec la discipline, autant dire que ceux qui avaient un jour tenté une intrusion et s’étaient faits prendre l’avaient amèrement regretté. »

« Mais cette idée me trottait en tête depuis un moment. J’avais fait quelques recherches, sur plan et sur le terrain, et je pensais avoir trouvé un chemin par les toits. Restait un souci : dénicher une ouverture dans la tour. Cet obstacle venait de trouver une solution toute récente : Pluyd, l’un de mes frères, était lui aussi en formation à Sorcere depuis quelques jours. Je ne pouvais pas le voir, mais si je le croisais, je pouvais toujours lui passer un mot… lui demandant par exemple de laisser une fenêtre de sa tour ouverte. Tel était le plan que je soumis à mes amies. Le risque encouru les faisait hésiter mais, rapidement, l’excitation de réussir un coup pareil fut la plus forte. »


Un certain pétillement dans son regard suggérait que cette excitation avait été partagée.

« Et c’est ainsi que, deux nuits plus tard, nous nous sommes trouvées toutes trois en train de jouer les funambules sur les toits de Sorcere. Mon plan était d’utiliser le couloir suspendu menant à une des tours, non pas par l’intérieur, puisque ses portes étaient fermées et surveillées… mais par dessus ! C’était risqué et il nous a fallu faire fi du vertige. Il y avait une fenêtre dans la tour, au-dessus du toit de ce couloir, et c’est cette ouverture que j’avais demandé à Pluyd de laisser déverrouillée. Mais j’ignorais en venant s’il avait pu y parvenir. La bonne nouvelle était que la fenêtre était bel et bien ouverte. »

« Et voilà comment mes amies et moi avons débarqué cette nuit-là au cœur d’un territoire qui nous avait toujours été interdit. Et qui était donc dangereusement attirant… »


---------------------------------------------
(1) filles.
(2) pisseuses, élégant sobriquet attribué généralement à de jeunes elfes noires de bonne famille mais inexpérimentées, prétentieuses et arrogantes.
(3) expression équivalente à ‘broyer du noir’ chez les humains.

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Helevorn
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Ven 2 Sep 2011 - 19:37

Le velours d'un frôlement. Un picotement vif sous la peau. Suyvel a déjà fuit. Malicieuse, elle se délecte de cette dérobade avant de s'assoir à mes côtés, tournée face à moi. Un sourire mystérieux sur les lèvres, je la regarde se plonger dans ses souvenirs pour m'offrir son anecdote.

L'imitant, je me place face à elle, la jambe gauche repliée mon genoux effleurant le siens, le coude sur le dossier, ma joue posée contre mon poing, le visage légèrement incliné.

Mes pupilles passent alternativement de ses lèvres a ses yeux. Un sourire espiègle persiste sur ma bouche.

Sa capacité à parler de tout et n'importe quoi, de s'interroger sur la vie des uns et des autres, sa soif d'apprendre, son insatiable curiosité me plongent dans un amusement presque attendrit.
Suyvel est une femme qui parle, beaucoup. Beaucoup trop à mon goût, mais elle est dotée d'une caractéristique propre a son genre et je ne saurais réellement lui en vouloir pour ça. Lorsqu'elle se dévoile, c'est sur sa personne qu'elle se centre et non sur la mienne. L'exercice m'est alors plus supportable.

Mon oreille reconnaît des mots qui font immédiatement écho en moi, accroissant à mesure mon intérêt.

Voyons si elle est si audacieuse qu'elle le prétend...
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Suyvel
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 3 Sep 2011 - 0:30

À présent plongée dans l’évocation de ce plaisant souvenir, Suyvel poursuivait son récit avec enthousiasme.

« La fenêtre donnait sur un escalier de la tour, que nous avons monté. Deux étages plus haut, nous nous sommes arrêtées à côté d’une porte heureusement non gardée. Une rapide conciliation entre nous et nous avons décidé de tenter notre chance. La porte donnait sur une pièce ronde d’où partaient huit courts couloirs. Dans chaque couloir, cinq portes. Là, j’étais sûre que nous nous trouvions à l’un des étages dortoirs, tels que mes frères avaient pu les décrire. J’ai discrètement refermé la porte de l’étage en chuchotant à mes amies : « gagné, les filles ! »
Celiodë m’a répondu à mi-voix : « alors, qu’est-ce qu’on attend ? »
Et nous voilà toutes les trois toquant légèrement aux huis, les ouvrant lorsqu’ils n’étaient pas verrouillés et interpellant leurs locataires endormis. Je me rappelle encore de Celiodë en train de susurrer « salut, les puceaux ! » et de Tinarandra et de moi-même en train de lutter contre le fou-rire. »


Le souvenir amusait visiblement Suyvel, encore aujourd’hui.

« Nous les avons tous rassemblés dans la salle centrale. Une quarantaine de jeunes mâles, dans nos âges. Trop surpris – et trop ravis de l’aubaine ! – pour faire des difficultés. Ils avaient tous compris qu’ils étaient en train de vivre une nuit pas comme les autres. Tu penses, trois Jalil qui bravaient le règlement pour venir les trouver dans leurs quartiers ! La plupart d’entre eux avaient dû rêver de réaliser un coup pareil, sans jamais oser le tenter… et nous trois, nous étions là, devant eux. Nous avons commencé à les passer en revue, en en rajoutant un maximum dans la provocation : démarches félines, regards incendiaires, œillades meurtrières et tout le tremblement ! Ils étaient tous cloués sur place. Tu aurais vu l’expression de certains ! Leurs yeux leur sortaient de la tête. Je crois que c’est cette nuit-là que j’ai compris le véritable sens de l’expression : être au centre de l’attention. »

« Il faut dire qu’eux comme nous nous trouvions à un âge où l’on a généralement peu ou pas d’expérience en matière de sexualité, mais où l’on s’intéresse au sujet. Si je te disais que j’en ai vu un ou deux tomber plus ou moins discrètement la chemise pour paraître à leur avantage ? Autant dire que nous n’avons pas eu de mal à capter toute leur attention. J’en ai alors profité pour faire la petite déclaration que j’avais prévue. « Mes amies et moi vous proposons un petit jeu… » À ce moment-là, plus un bruit. J’ai savouré ce moment, crois-moi ! « En voici les règles… Chacun d’entre vous peut jouer pour l’une de nous trois, au choix. Le jeu consiste à rapporter un maximum de dents d’orque en temps limité. Nous reviendrons dans quatre nuits pour vous départager. Celui qui en aura trouvé le plus, pour chacune de nous, sera désigné vainqueur. Ce qui fera donc trois heureux élus. Les vainqueurs, pour chaque dent rapportée, seront payés… » Là, j’ai fait une pause. Pour maximiser l’effet d’annonce. »

« Je savais que je jouais le succès de notre opération sur ce que j’allais annoncer. Nous en avions discuté entre nous : ce n’était pas avec nos maigres économies que nous allions les motiver. C’étaient des mâles, mais certains étaient issus de familles bien plus aisées que les nôtres. Il nous fallait trouver une autre monnaie d’échange. Quelque chose qu’ils n’avaient pas et qui les pousserait à se bouger pour nous. J’ai inspiré à fond avant de conclure : « … en articles de lingerie. » Le murmure généralisé qui s’ensuivit m’indiquait que l’argument portait, sans toutefois déchaîner les passions. Ils étaient encore indécis. Intéressés mais conscients de ce que nous demandions en échange. Le risque était qu’ils deviennent tatillons et essaient de négocier. Et nous n’avions pas grand-chose d’autre à offrir. Heureusement, Celiodë ne manquait pas de présence d’esprit. Elle a sorti un couteau d’une main, pendant qu’elle glissait l’autre sous son pantalon pour en faire ressortir la ceinture de sa culotte. Elle l’a alors tranchée, d’un côté puis de l’autre, et a ainsi pu libérer l’étoffe d’un geste théâtral. « En petites culottes portées ! » a-t-elle précisé. »


Suyvel rit de bon cœur.

« Cette chère Celiodë ! Jamais à court de bonnes idées, dès qu’il s’agissait de provoquer les mâles. Tinarandra et moi avons échangé un regard et puis nous nous sommes décidées à l’imiter. Nous avons dû nous aussi découper notre lingerie – nous étions toutes en pantalons, rapport à notre périple acrobatique – et nous avons commencé à l’agiter sous le nez de notre auditoire, captivant leur odorat comme nous avions flatté leur vue. Et c’est ainsi que nous avons emporté l’adhésion de notre public. En fait, si tout le monde n’avait pas été conscient de l’importance de rester discret, cela aurait pu tourner à l’émeute ! »

« Et quatre nuits plus tard, nous sommes revenues de la même façon, pour clore le jeu. Le lendemain, nous devions précisément rendre le résultat de nos recherches. Les filles de notre rang n’avaient généralement qu’une dent d’orque ou deux à exhiber. Les plus fortunées gloussaient, étalant fièrement une dizaine, voire une quinzaine de ces composants. Nous trois, nous étions assises au fond, attendant que les autres aient montré leur récolte. Lorsque l’enseignante est arrivée à notre hauteur, chacune de nous a sorti une grosse bourse de cuir, qu’elle a vidée sur son pupitre. Tinarandra avait reçu de son champion vingt-sept dents, le mien m’en avait procuré trente et une… mais c’est celui de Celiodë qui avait été le plus efficace. Quarante-deux dents ! Non seulement Celiodë a gagné ce concours, mais elle a établi le record de l’épreuve. Et dire que c’est moi qui avais eu l’idée… »


Un rien de jalousie dans la voix de Suyvel.

« Mais il y a des plaisirs que rien n’arrive à ternir. Notamment la vision des têtes décomposées que faisaient les filyith. Sidérées. Et vexées, humiliées d’être battues à plate couture par celles qu’elles traitaient comme des inférieures. Elles ont dû longtemps se rendre malades à essayer de comprendre comment nous avions pu amasser un tel butin. Nous trois, nous jubilions. Nous sommes devenues assez populaires auprès des autres filles de notre rang. Quant aux autres, si elles ne nous respectaient pas davantage qu’avant, elles avaient appris à leurs dépens à se méfier de nous… »

Un grand sourire satisfait s’étalait sur le visage de Suyvel.

« Quant à Celiodë, elle avait dû vider ses tiroirs pour honorer ses dettes vis-à-vis de son champion. À tel point qu’elle a passé la fin de la formation avec les fesses à l’air ! »

Un éclat de rire moqueur.

« Ce n’est qu’après la fin de cette session de formation que nous avons eu le fin mot de l’histoire. Figure-toi que nos trois champions sont venus nous trouver, un jour où nous dînions dans une taverne. Nous leur avons proposé de se joindre à nous et nous en avons profité pour les cuisiner un peu. Ils ne se sont guère faits prier pour raconter comment ils s’y étaient pris. En fait, après notre première visite, ils avaient discuté le coup entre eux. Chacun des trois ayant jeté son dévolu sur l’une d’entre nous, mais pas la même, ils n’étaient pas en rivalité, et ils ont décidé de s’associer pour tenter un coup audacieux. Profitant d’une autorisation de sortie de Sorcere, ils se sont introduits furtivement dans un camp d’esclaves. Profitant du sommeil des prisonniers, ils ont tué les quelques orques qu’ils ont pu trouver et les ont dépouillés de leur dentition. Là, mes amies et moi les avons félicités de cette initiative, en précisant que nous les trouvions très culottés…. Oh, et à propos de culottes… ! Ils ont fini par avouer qu’ils avaient monté un petit commerce très fructueux dans Sorcere, à commencer par leurs camarades de dortoir, auxquels ils ont vendu à prix d’or une partie de leur butin si bien gagné ! Leurs conditions d’existence s’étaient nettement améliorées depuis notre petit jeu, et ils nous en ont remerciées. »

« Par la suite, nous les avons revus. Ils ont même tenté de nous courtiser dans les formes, mais je crois qu’aucune d’entre nous n’a donné suite. Nous ne nous sommes pas réellement trouvés, avec nos champions… »


Pensivement, Suyvel vint appuyer sa tête contre sa main gauche, le coude toujours sur le dossier du divan. Elle considéra Helevorn en silence, puis sourit.

« Voilà, un petit souvenir rien que pour toi, en remerciement pour l’agréable spectacle que tu m’as offert. »

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Helevorn
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Sam 3 Sep 2011 - 14:00

"Hummm..."

Considérant la jeunesse des femelles et la soumission des mâles, Suyvel et ses amies s'en sont tirées à bon compte. Elles auraient vécu à la surface parmi les humains, nul doute que ces garçons auraient tentés d'en avoir davantage en s'y prenant plus lourdement.

Si mon enfance s'était écoulée normalement, j'aurais fais partit de Mêlée-Magthere, l'académie de Guerre de Che'el et aurait été l'instigateur d'un nombre incalculable de sorties clandestines dans le quartier des femelles. Peut-être aurais-je aussi terminé dans les geôles de la citée si on m'avait pris sur le fait...rattrapé finalement par la fatalité d'un destin maudit. Cette dernière pensée me tira un sourire.

"Charmants jeux d'adolescents en effet... ceci dit, je m'attendais a quelque chose de moins...candide."

Le mot est lâché. Ce qu'elle m'a laissé entrevoir paraissait bien plus sulfureux. Sans doute un effet d'annonce dont elle a le secret...

Mes yeux se détachent des siens, je passe ma main sur ma nuque, étire mon dos tout en regardant nonchalamment la pièce.

"Il y a bien d'autres choses à voir dans l'orbe. Si ta curiosité t'y pousse encore, tu sais où la rassasier..."

Je regarde la drow à nouveau, cherchant ce qu'elle compte faire désormais. La nuit doit être bien avancée, il est sans doute l'heure pour elle de rentrer, à moins qu'elle ai prévu autre chose...
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Mar 6 Sep 2011 - 0:23

Suyvel, ayant terminé son récit, regardait son hôte. Celui-ci paraissait absorbé dans ses pensées. Cette tranche de vie d’une drow lui laissait peut-être imaginer ce qu’aurait pu être sa vie parmi ses semblables, si son destin n’avait été tout autre… Un sourire fut le signal de fin de cette projection dans le passé et Helevorn lui livra son ressenti sur son histoire. Son appréciation et son insatisfaction.

Quelque chose de moins candide, hein ?

Suyvel avait raconté le souvenir qui lui était venu sur l’instant, à savoir son premier coup vraiment audacieux. Elle n’avait pas cherché une anecdote particulièrement pimentée, comme le demi-démon devait les apprécier. Vu ce qu’elle avait aperçu de ses goûts dans l’orbe, elle se doutait qu’il devait aimer les histoires qui sentaient le soufre.

Pour une drow, trouver un récit pervers n’était pas un souci. Si elle hésita, ce fut plutôt sur le choix de l’anecdote à narrer. Un sourire naquit aux commissures de ses lèvres alors qu’un souvenir lui revenait en tête. Un souvenir à même de satisfaire le démon en lui… et en même temps, peut-être de le faire gronder de rage. De fustiger sa fierté de mâle.

« Alors, si tu aimes les histoires plus… adultes, il me revient une péripétie… Cela remonte à quelques décennies, maintenant. J’avais quitté Menzoberranzan et l’Outreterre pour gagner les royaumes de la surface. J’avais laissé loin derrière moi les territoires elfes pour rejoindre ceux des humains. Cela faisait plusieurs mois que j’y évoluais, en fait. J’avais suscité quelques contacts avec des individus isolés, histoire de voir leurs réactions en m’apercevant. Ni panique ni hostilité, ce qui paraissait surprenant, mais je me dis que je m’étais déjà bien éloignée du champ d’action des maraudeurs de ma cité. Ces hommes-là n’avaient apparemment jamais vu une drow. Tant mieux, cela allait me simplifier la vie. J’ai multiplié les approches, jusqu’à ce que j’établisse le contact. J’ai parlé avec eux, avec difficulté au début. J’avais étudié le langage humain, mais le pratiquer s’avérait plus ardu que prévu. Les premières tentatives furent laborieuses, voire frustrantes. Mais elles m’ont permis de compléter mes connaissances. »

« Une fois que je fus sûre de pouvoir soutenir une conversation ordinaire, je décidai de m’aventurer à l’intérieur d’une de leurs cités. Une grosse bourgade, en fait. J’y ai découvert les bases du mode de vie des humains. Et pour trouver de quoi subvenir à mes besoins, je suis allée proposer mes services d’herboriste à l’apothicaire de la région. Un mâle âgé, très affable et, je m’en suis vite rendue compte, plutôt ignorant pour quelqu’un qui passait là-bas pour un érudit. En discutant potions avec lui, j’ai constaté rapidement les limites de son savoir. Bref, il m’a fait une proposition. Il avait un client dont il ne pouvait satisfaire la demande. Un client aisé, prêt à payer en conséquence pour des services d’apothicaire qualifié. Comme je lui paraissais en mesure de répondre à ses exigences, il me proposa de me présenter au client en question. »

« L’individu se trouva être un maître marchand – il tenait beaucoup à ce titre pompeux – du nom de Simon Cussonet et que personnellement j’aurais appelé Gras-Double. Au vu de son embonpoint, je pouvais du moins supposer que ses affaires étaient florissantes… Il m’invita en sa demeure, dont il était manifestement très fier – très nouveau riche, clinquant et dépourvu de goût, si tu veux mon sentiment – et me fit profiter de sa table, elle fort convenable. Il me présenta son épouse, Adeline, une jeune femme qui me fit une curieuse impression. Elle ne prononça pas un mot du repas. Et lorsque je m’adressais à elle, c’était invariablement le mari qui répondait à sa place. »


Une moue de perplexité à ce souvenir.

« Enfin, après les banalités d’usage chez les commerçants humains, il me fit passer dans son bureau pour m’expliquer son affaire. Il me raconta alors qu’il avait épousé Adeline quelques mois plus tôt et qu’il était fort mécontent de ses aptitudes à le satisfaire, qu’il la trouvait godiche, dépourvue d’envie, pour ne pas dire frigide. Il s’était donc enquis auprès de l’apothicaire de savoir si quelque traitement existerait pour y remédier. Le vieil homme lui avait dit que oui, il avait entendu parler de philtres qui pourraient convenir, mais dont il ignorait la formule et qu’il lui serait probablement difficile d’obtenir. Le marchand lui avait alors proposé une forte somme s’il lui trouvait une personne capable de résoudre son problème. »

« Je me souviens encore des paroles que Gras-Double a prononcées à ce moment-là. « Je ne pensais pas qu’il irait chercher si loin mais, grâce soit rendue aux Dieux, il a pu vous convaincre de venir jusqu’à nous. Ce bon apothicaire m’a narré en détail la science de vos semblables en matière de philtres. Ainsi que votre… hmmm… grande liberté de mœurs. Je me suis laissé dire que vous autres elfes faisiez la chose dans les arbres ? Ce doit être très périlleux, non ? Enfin, toujours est-il que vous seriez une préceptrice parfaite pour ma jeune épousée… » Non mais tu le crois, ça ? »


Le ton de Suyvel était mi-scandalisé, mi-amusé.

« Cet ahuri, ce porcelet sudoripare, m’avait prise pour une elfe ! Qu’il soit ignorant, passe encore, mais qu’il devienne malpoli… j’ai bien failli lui sauter à la gorge et lui couper les bollocks (1) pour les lui faire déguster ! À ce moment-là, il a posé une bourse sur son bureau, qui a émis un tintement métallique satisfaisant. Je me suis maîtrisée en me disant que le tuer allait m’attirer une tonne d’ennuis et me priver de revenus intéressants. Mais je n’en revenais pas de me retrouver dans pareille situation ! L’apothicaire s’était bien gardé de m’expliquer la demande du marchand. Il avait dû empocher la récompense promise et c’était moi qui devais maintenant gérer le problème… Je me promis de retourner le voir pour lui faire bouffer ses cornues et son alambic, à celui-là ! »

« Enfin, toujours est-il qu’en échange de mes services, le marchand me proposa des émoluments très corrects, le gîte et le couvert, ainsi que la possibilité de prélever de ses stocks quelques robes et bijoux, dont il faisait commerce. Je me suis décidée à en profiter, à me forcer à rester quelque temps. »

« Le lendemain, profitant de ce que le marchand vaquait à ses affaires, j’ai passé la journée à faire la connaissance de sa femme. Curieusement, elle ne fit aucune difficulté pour me parler, alors que je l’aurais presque crue muette. Elle n’était que réservée. Effacée. Dès que son mari était absent, elle retrouvait la parole… et j’ai pu mesurer le néant de son existence. Elle n’avait appris aucune science, aucun art, aucun métier… à part celui d’épouse. Ce qui revenait à se faire belle et à se taire en présence de son mari. Elle ne faisait rien de ses journées. Elle s’ennuyait beaucoup et pourtant elle n’aspirait à rien car elle n’avait rien vu, rien découvert. Ou plutôt on lui avait toujours tout caché. Cela allait jusqu’à sa connaissance d’elle-même. La gouvernante qui l’avait éduquée lui avait inculqué le dégoût de la chair et du plaisir. Cette superbe jeune femme n’était qu’ignorance et tabous. Elle vivait dans des fers intangibles et ne s’en rendait même pas compte. J’avais ouï parler du modèle patriarcal des humains… je n’imaginais rien d’aussi sordide. »


Dans la voix de Suyvel, l’écho d’une colère ressurgie d’un lointain passé grondait encore.

« Le matriarcat de notre peuple a sans doute ses excès mais au moins n’enferre-t-il pas les mâles dans l’ignorance. Le soir, seule dans ma chambre, je faisais les cent pas en enrageant ferme au souvenir de cette journée, de ce que j’avais vu et entendu. Je me disais que je n’allais pas supporter cela plus longtemps.
Et puis une idée m’est venue. Une idée plaisante. Qui m’a bien apaisée. Je me suis finalement couchée en attendant le lendemain avec une certaine impatience… »


Lorsqu’elle tourna la tête vers Helevorn, elle affichait un sourire cruel.

« Devines-tu à quoi je pensais ? »

----------------------------------------------------------------
(1) Est-ce bien nécessaire que je vous traduise cela ?
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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Jeu 8 Sep 2011 - 15:12

Je lève un sourcil à sa question. Le suspens qu'elle veut instaurer se fait pesant.

"Dis-moi..."

J'avais bien quelques idées mais je connaissais peu Suyvel au final. Ce que j'aurais pu décider de faire dans cette situation n'aurait sans doute pas été adopté par la drow. Un homme et une femme n'ont pas la même vision des choses, ils les appréhende de différentes façons, et à cet instant précis je n'avais aucune envie de jouer aux devinettes...Je désirais simplement savoir quel plan visiblement cruel elle avait mit en œuvre et l'attendait au tournant, car on ne peut délibérément entretenir une telle attente pour déboucher sur un dénouement banal...

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MessageSujet: Re: Ecrits et cris   Dim 18 Sep 2011 - 15:49

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